“Nous avons l’occasion d’inventer la Cité du XXIe siècle”

À l’occasion de la sortie du rapport annuel de la Cité internationale, entretien croisé de Marcel POCHARD, Président et Carine CAMBY, Déléguée générale de la Cité. Tous deux dressent le bilan de l’année 2013.

22/06/2014


par Alexandra BITMIGNON




En 2013, la cité a concrétisé un ambitieux chantier : son développement futur incarné par l’approbation d’un plan  d’aménagement par tous ses partenaires. a quoi ressemblera la cité nouvelle ?

Marcel POCHARD : La Cité de demain sera plus que jamais une Cité des nations, accueillant pays et nationalités du monde entier, et elle restera une cité jardin, préservant et reconfigurant son parc d’exception. Grâce au Plan d’aménagement, elle va connaître une nouvelle phase de construction de maisons, après 45 ans d’interruption. Déjà, l’Inde a amorcé cette nouvelle étape en ouvrant en novembre 2013 un bâtiment supplémentaire pouvant accueillir près de 80 résidents. De nouvelles nationalités vont pouvoir nous rejoindre, comme en a déjà décidé, pour notre plus grande satisfaction, la Corée qui a conclu une convention en ce sens début 2014. Mais ce sera une Cité profondément rénovée et remodelée dans la conception de ses services, comme dans la réponse aux besoins de ses résidents, en mesure de prendre en compte les évolutions tant techniques, avec l’irruption du numérique, que sociologiques, liées au formidable renouvellement  des modalités de la mobilité internationale étudiante.

Carine CAMBY : Le travail accompli depuis deux ans avec la Chancellerie des universités de Paris et la Ville de Paris a permis de dessiner une vision de la Cité commune à tous. Le premier élément est la reconnaissance de la place que la Cité occupe dans l’attractivité universitaire du territoire de l’Île-de-France, et l’importance de la soutenir dans sa mission d’accueil. Par ailleurs, la Cité fait partie intégrante de ce territoire et, afin d’étendre son rayonnement, elle doit interagir de manière permanente avec ses différents acteurs : les établissements d’enseignement supérieur d’une part, le public de la ville qui la fréquente d’autre part.


MP : Nos partenaires sont particulièrement sensibles à notre vocation fondamentale d’accueil de toujours plus d’étudiants venus de l’ensemble des pays du monde. C’est effectivement une de nos grandes spécificités. Notre modèle historique y trouve également sa confirmation. Les Maisons qui nous constituent ont leur personnalité propre, liée au pays qu’elles représentent. Cet acquis de la Cité se trouve reconnu, et sera amplifié dans le nouveau Plan d’aménagement.

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« Le travail accompli depuis deux ans avec la Chancellerie des universités de Paris et la Ville de Paris a permis de dessiner une vision de la Cité commune à tous. » Carine CAMBY

Ce plan d’aménagement intègre-t-il la dimension écologique, très importante à la cité ?

CC : En effet, l’un des enjeux était que la densification du site puisse se faire en préservant la qualité paysagère et la qualité de vie sur le campus. Avec l’extension de la Maison de l’Inde, nous étions déjà inscrits dans une logique de maîtrise et de réduction des consommations d’énergie. Cet aspect va se concrétiser dans le projet de la Maison de l’Île-de- France. Empreinte énergétique et préservation de la biodiversité sont deux axes forts du développement, ce qui nous permet de nous inscrire dans la trame verte et bleue de la ville de Paris.


Vous prévoyez d’augmenter la capacité d’accueil de 30%. C’est un nouveau défi pour la cité ?


MP : C’est à la fois un défi et une opportunité. Nous avons l’occasion d’inventer le campus du XXIe siècle, qui réponde aux attentes des résidents actuels. Celles-ci diffèrent de celles de leurs prédécesseurs, notamment du fait que le temps de séjour est beaucoup plus court : deux tiers des résidents restent moins d’une année sur le campus. Si l’on veut que la mobilité universitaire dont ces résidents bénéficient ait un sens, il faut inventer une forme d’accueil qui soit d’une autre nature.


Une étude a été menée en 2013 sur les équipements et services numériques à la cité. Quelle était son ambition et qu’en est-il ressorti ?


CC : L’étude Cité numérique menée avec l’aide de la Caisse des Dépôts et du groupe Mazars a été conçue pour donner la parole à tous nos partenaires sur cette question. En effet, la Cité est un campus un peu particulier qui ne dispense pas d’enseignements. Nous devons donc travailler en étroite collaboration avec les établissements qui accueillent nos résidents dans la journée, afin que ceux-ci trouvent à la Cité des équipements compatibles avec les systèmes dont ils disposent dans leur environnement de travail, et qui leur permettent aussi de communiquer avec leur famille et leurs amis. Les résultats de l’étude ont révélé la nécessité d’ouvrir un portail de services numériques, qui sera développé dans les prochains mois et qui permettra à nos futurs résidents de préparer au mieux leur séjour à Paris et à la Cité, puis d’interagir facilement avec tous les services de la vie étudiante de la Cité.


MP : Le raccourcissement de la durée de séjour est un enjeu considérable. La Cité s’est fixée pour  objectif de faire en sorte que les résidents tissent des liens durables, durant le temps de leur présence sur le campus. Comme ce temps est de plus en plus court, nous devons avoir des outils qui  leur permettent d’échanger avec la Cité avant leur arrivée, et de rester en lien avec nous et avec les résidents qu’ils ont rencontrés après leur départ. La contrepartie au raccourcissement du séjour est un allongement du temps des échanges en aval et en amont de ce séjour. Le défi vaut la peine d’être relevé.

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« Nous avons su redonner une légitimité et une actualité au projet d’origine, que l’on sent revivre sans qu’il ait perdu son âme. » Carine CAMBY

La cité s’est dotée d’un nouveau site internet, mis en ligne fin 2013. Qu’est-ce qui a changé ?


CC : Le dispositif de communication numérique a été revu de fond en comble en 2013 et notamment  le site web institutionnel www.ciup.fr. Sa particularité est de donner leur pleine dimension aux maisons, dans toute leur diversité culturelle. C’est une très belle vitrine. Le site accueille également les services de la Fondation nationale comme L/OBLIQUE, un espace d’exposition créé pour mettre en valeur l’histoire et les missions de la Cité. Nous avons également créé un site dédié aux résidents, www.macite-u.com, qui permet de diffuser et promouvoir les activités organisées par nos résidents ou les directeurs de maisons.


MP : La dimension d’intégration des maisons est primordiale. La Cité est une œuvre unique dans une structure fédérative. Toutes ces maisons ont été voulues par des mécènes ou des pays au service desquels elles sont, pour participer à l’œuvre collective, mais aussi pour promouvoir la culture de leur pays. Il est très important que nous soyons, nous, Fondation nationale, au service de cet esprit. Nous nous devons de valoriser ce qui est fait dans les différentes maisons et le nouveau site internet peut y aider fortement. J’en veux pour preuve le fait que 40% des connexions vont en direction des maisons : c’est un beau signe de réussite.


De quelle manière la cité s’est-elle préparée à commémorer le centenaire de 1914 ?


MP : L’année 2014 a pour nous une résonance toute particulière. Nous célébrons en effet l’anniversaire du déclenchement d’une guerre qui, par l’ampleur de la catastrophe qu’elle a constituée, est à l’origine de la création de la Cité. C’est l’occasion d’approfondir nos actions en fidélité à nos idéaux. J’aimerais évoquer à ce titre la création en 2013 du label Cité pour la Paix qui regroupe les manifestations qui, au sein de la Cité, portent sur les thèmes de la paix, des droits de l’homme, du rapprochement entre les peuples. Ce label est également porté par un réseau de résidents qui réunit des jeunes notamment doctorants et chercheurs, engagés à travers leurs travaux ou à titre personnel dans des actions de promotion de la paix.


CC : Il nous a semblé tout naturel d’engager la Cité dans ce programme de commémoration et de rappeler à cette occasion les valeurs de sa construction qui importent encore aujourd’hui. Nous avons organisé en février 2014, en partenariat avec l’école Normale Supérieure, un colloque sur ce thème, intitulé Les Voix de la Paix, qui a associé plusieurs maisons de la Cité et a permis à des universitaires de renom de donner sur cette période un éclairage original.

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« Il n’y a pas une seule Maison à la Cité qui ne soit née du mécénat, soit privé, soit de pays. Il est l’ingrédient qui nous permet d’élargir nos possibilités de manœuvre et d’action. » Marcel POCHARD

Quels ont été les moments forts du mécénat en cette troisième année de la campagne ?

 

MP : La réunion de la famille Deutsch de la Meurthe au cours d’une garden party a été l’un des événements majeurs de l’année 2013. Nous avons pu constater que la sensibilité des descendants de mécènes à l’œuvre de la Cité est extrêmement vive et profonde. Nous y sommes d’autant plus sensible et vigilant qu’il n’y a pas une seule maison à la Cité qui ne soit née du mécénat, soit privé, soit de pays. Le mécénat est l’ingrédient qui nous permet d’élargir nos possibilités de manœuvre et d’action, à l’exemple des bourses. Chaque année, une trentaine de bourses sont décernées,   intégralement financées par des mécènes. Le mécénat est une histoire de fidélité et de capacité d’action pour l’avenir.


CC : La réussite de la campagne nous conforte dans l’idée que le projet de la Cité est attractif et confère du sens à l’engagement de nos mécènes. D’autre part, ils ont l’assurance que l’argent qu’ils investissent contribue à soutenir une œuvre qui fonctionne bien. Ce soutien nous a permis de mener de très belles actions : la rénovation du pavillon Pasteur, lancée grâce au double mécénat du Crédit Agricole d’Île- de-France Mécénat et des descendants de la famille Deutsch de la Meurthe. Citons également le mécénat d’AXA, grâce auquel nous faisons de la prévention santé auprès des résidents. Rappelons cependant qu’à côté du mécénat, l’engagement de l’état, de la Ville de Paris et de la Région Île-de-France nous permet d’accomplir nombre d’actions qui sans cela ne verraient pas le jour. Deux me semblent emblématiques : la construction de la Maison de l’Île-de-France, financée par la Région, et la plate-forme d’accueil des étudiants étrangers organisée chaque rentrée avec le soutien de la Ville de Paris.


La mission d’accueil est première à la cité. À ce sujet, le restaurant universitaire a été rénové  à l’été 2013. C’est un événement !


CC : Depuis trois ans, nous menons au mois de mai une enquête de satisfaction, dans toutes les Maisons, auprès des résidents qui quittent la Cité. L’ensemble des services y est toujours très bien perçu ; la restauration était toutefois apparue comme un sujet de préoccupation. Nous avons répondu à la demande formulée par nos résidents en améliorant à la fois les conditions d’accueil et la qualité des repas. Notre objectif est de faire connaître ce restaurant et la qualité de sa prestation à l’extérieur. Sa particularité est son ouverture en soirée du lundi au vendredi qui accompagne le dynamisme global du site.


En effet, la cité internationale propose plus de mille événements culturels par an, soit trois événements par jour, ce qui est considérable.


MP : Non seulement le dynamisme ne faiblit pas, mais de plus en plus de maisons participent à ce mouvement, qui jusque-là était traditionnellement entretenu par quelques-unes seulement. Incontestablement, il y a une montée en puissance de l’animation culturelle au sens large, avec une saine émulation entre maisons.


CC : J’ajouterai qu’il ne s’agit pas seulement de manifestations artistiques, mais aussi intellectuelles. Les nombreux débats sont l’occasion de faire intervenir des personnalités extérieures, du monde universitaire, politique et médiatique. La Fondation nationale a elle-même lancé un nouveau cycle de débats, Meet&Tweet, qui a connu deux éditions en 2013 : une première dédiée à l’engagement de la génération Y dans l’entreprise, avec Clara Gaymard, Présidente de Général Electric France ; la seconde sur la diversité avec Richard Senghor, le Secrétaire général du Défenseur des droits. Nous avons à la fois abordé des questions qui passionnent nos résidents et mis en œuvre des modalités numériques d’échange via Twitter. Cela permet de faire vivre les valeurs de la Cité sur l’échange, la tolérance, la solidarité, la reconnaissance de la diversité et des différences de chacun.

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« Nous avons l’occasion d’inventer le campus du XXIe siècle, qui réponde aux attentes des résidents actuels. » Marcel POCHARD

Un mot sur le bilan financier ?


MP : Un bon budget est un budget maîtrisé dans l’évolution de ses charges et qui néanmoins prépare l’avenir. Tel est pleinement le cas du budget 2013.

CC : Notre situation financière est solide et nous met en mesure de faire face aux échéances prochaines : les défis du numérique, la construction des nouvelles maisons, les attentes de nos résidents en terme de qualité des services, tout ce qui permettra à la Cité de conserver son attractivité. Mais l’avenir ne se fera pas sans la mobilisation de tous les salariés de la Cité. Nous vivons actuellement de grandes transformations. L’envie est partagée par tout le personnel de la Fondation et des maisons de prendre au mieux ce tournant dans le respect de nos missions d’accueil.


D’un mot, comment caractériseriez-vous 2013 ?


CC : Nous vivons une période charnière. Pour la première fois depuis 45 ans, les perspectives de développement sont considérables et nous remettent en lien avec tous nos partenaires. Nous sommes en phase avec la mobilité universitaire et scientifique. Nous avons su redonner une légitimité et une actualité au projet d’origine, que l’on sent revivre sans qu’il ait perdu son âme.


MP : En débordant un peu de 2013, je dirai, sans fausse modestie, dans la ligne des propos de Carine qui précèdent, que les années 2010-2014 resteront certainement dans l’histoire de la Cité, comme des années décisives. Le devenir de celle-ci a été dessiné pour les 20 à 30 années à venir, pour ce qui est tant de la nouvelle configuration immobilière, de la restructuration du parc que de l’intégration de la dimension numérique. Il reste à réussir opérationnellement cette mue, mais le cap est fixé. Dans le même temps, avec le programme Cité pour la Paix, une contribution nouvelle a été apportée à la réalisation de l’utopie de la Cité. 2013, une année bien remplie donc. Je remercie tous ceux qui ont contribué à ce résultat, membres du conseil d’administration de la Fondation nationale, présidents et directeurs des différentes maisons, équipe de la Cité, sous la houlette ferme et éclairée de Carine CAMBY.