Peintures Warli à la Maison de l’Inde

Des artistes Warli créent un ensemble de peintures murales pour la nouvelle Maison de l’Inde

17/03/2014


par Pascale Dejean


Sadashiv et Kishore Mashe devant « Jungle spirit » ©Photo Hervé Perdriolle/2013/DR
Sadashiv et Kishore Mashe devant « Jungle spirit » ©Photo Hervé Perdriolle/2013/DR

Lorsque l’agence d’architecture de Florence Lipsky et Pascal Rollet réalise la Maison de l’Inde à la Cité internationale universitaire de Paris, elle propose de donner au projet une dimension artistique en lien avec la culture indienne. En leur temps, la Maison des étudiants d’Asie du sud-est, la Maison du Japon ou encore la Résidence Lucien PAYE avaient su révéler des artistes talentueux qui mettaient leur production artistique au service d’un projet architectural, renforçant l’identité culturelle de la maison. L’architecte renoue donc, à travers son bâtiment résolument contemporain, avec une longue tradition de la Cité internationale. Associant à sa démarche la direction de la Maison de l’Inde, elle fait appel à Hervé PERDRIOLLE, spécialiste de l’art tribal contemporain indien et notamment de la peinture Warli, afin de doter les cuisines collectives de vastes peintures murales. Collectionneur, critique d’art et commissaire d’exposition, Hervé PERDRIOLLE s’est familiarisé avec cet art ancestral en séjournant dans la région du Maharashtra de 1996 à 1999. Il y découvre alors une forme d’art transmise de génération en génération depuis des millénaires et se lie d’amitié avec Jivya Soma Mashe, le représentant le plus célèbre de cet art pratiqué dans l’ouest de l’Inde. En 2009, Jivya Soma Mashe recevait le Prince Claus Award, la prestigieuse distinction néerlandaise en faveur de la culture et du développement. C’est à son fils Sadashiv et à son petit-fils Kishore, tous deux perpétuant l’héritage familial, que l’on doit la réalisation des peintures de la Maison de l’Inde. Les artistes ont choisi de nous livrer une légende différente à chaque étage, reprenant des thèmes chers aux tribus Warli.

 

« Peace and Plenty » dans la cuisine du dernier étage.

« Peace and Plenty » dans la cuisine du dernier étage

Hervé PERDRIOLLE décrypte pour nous les œuvres peintes de la Maison de l’Inde

« Les légendes Warli sont autant de récits qui permettent de perpétuer les relations que l’homme entretient avec la nature et celles qui soudent les êtres humains entre eux, à travers lesquelles apparaissent des règles de conduite. Une certaine morale, comme dans les fables de La Fontaine, et une conscience primitive de l’écologie, où le respect de la nature est primordial, y sont omniprésentes. Voici les récits de deux des légendes peintes par Sadashiv et Kishore Mashe en 2013 à la Maison de l’Inde. »

« How people got their name »

« How people got their name »

L’origine des noms de famille de la population

« Les Warlis racontent qu’un immense déluge s’abattit sur leur contrée, emportant leurs villages et dispersant leurs tribus. La population dut repartir à zéro. Les rescapés furent rebaptisés d’après les conditions dans lesquelles ils furent retrouvés, après le retrait des eaux. 

Les Wagat doivent leur nom au fait que leur ancêtre avait trouvé refuge dans le repaire d’un tigre (wag). L’histoire des Sambars fut « épineuse » : leur aïeul fut retrouvé à proximité d’un buisson d’épines (sabar). L’ancêtre des Wangad réussit à surnager, entouré d’aubergines (wangi). Les ascendants des Handwas furent retrouvés au milieu de casseroles (handas). Ceux des Kurades s’accrochèrent à une hache (kurad) à la dérive. Le sort voulut que les ancêtres des Pasares en réchappent à cinq (pas) et ceux des Govares avec un troupeau de bovins. L’un d’entre eux réapparut, après la catastrophe, avec un monceau de feuilles (pal) si bien que son nom de famille devint « Palkar ». Les Dongares entamèrent une vie nouvelle sur un sol de pierres (dongar) et les Bhavars furent ainsi appelés car les flots les déposèrent auprès d’un rayon de miel (bhaura). Mais la plus belle histoire est celle des Thackerays dont l’ancêtre continua de dormir, pendant tout le cataclysme, d’un sommeil paisible, allongé (thaka) sur sa couche. »

 

« The man who would not work »

« The man who would not work »

L’homme qui ne voulait pas travailler

« Il était une fois un vieux couple démuni vivant dans un village abandonné. Le vieil homme ne voulait pas travailler, laissant à sa femme tous les travaux des champs. La vieille femme, travaillant la terre, découvre une jarre enfouie. Malgré tous ses efforts, elle ne parvient pas à la dégager. Elle demande de l’aide à son mari, lequel n’a que faire d’une vielle jarre abandonnée. Dépitée, elle va au village le plus proche solliciter de l’aide auprès des premiers hommes quelle rencontre. A la vue de cette jarre, les hommes prennent peur et déclarent que celle-ci est certainement pleine de serpents et de scorpions. Une fois seule, la vieille femme prend son courage à deux mains et déterre, non sans peine, l’étrange jarre. 
Après l’avoir traînée jusqu’à sa hutte, elle entreprend, à la lueur des étoiles, de l’ouvrir et y découvre alors un trésor de pièces d’or et d’argent. »