La bibliothèque centrale de la Maison internationale reçoit chaque année plusieurs milliers d’usagers dans ses espaces. Afin de mieux les connaitre, elle a décidé de les mettre à l’honneur en consacrant chaque trimestre un portrait à l’un ou l’une d’entre eux. Pour cette nouvelle rencontre, découvrez le témoignage empreint d’engagement et de curiosité d’Ariane Cornerier, alumna, chercheuse en science politique et en histoire environnementale. Entre la recherche, son attachement au vivant et son implication dans la vie collective du campus, elle construit un parcours guidé par la volonté de comprendre le monde et de contribuer à le préserver.
« J’ai été admise à la Cité internationale en octobre 2021, grâce à une amie qui m’a incitée à candidater, tant elle était elle-même enchantée de son expérience. Je venais tout juste de décrocher un contrat doctoral à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Paris-Saclay). Me lançant dans cette aventure que je savais solitaire, j’étais ravie d’intégrer ce lieu qui m’a d’emblée offert un équilibre serein entre activités sociales, culturelles, sportives et travail intellectuel. J’avais auparavant vécu un an sur un campus étudiant lors de mon échange à Queen’s University au Canada (Kingston, Ontario).
« J’ai récemment achevé une thèse en science politique et en histoire environnementale qui portait sur l’institutionnalisation des initiatives de réensauvagement des espaces marins. Ces projets visent à rétablir la fonctionnalité des écosystèmes naturels et à retisser une connexion entre les humains et l’océan, en espérant créer un lien affectif particulier qui permettrait de mieux le protéger.
Étant moi-même préoccupée par la situation environnementale actuelle, je ne peux concevoir ma vie professionnelle qu’en m’engageant dans la compréhension, l’observation, l’étude des sociétés passées et contemporaines dans leurs liens avec la planète, les vivants – terrestres, marins, aériens, estuariens et autres. Je suis convaincue que la situation d’urgence climatique et vitale, dans laquelle l’espèce humaine a mené l’ensemble de la planète, appelle à des actions et à des réactions de grande ampleur qui ne peuvent être guidées que par les éclairages des communautés de scientifiques, l’engagement collectif, des choix politiques courageux, et, bien sûr, des objectifs de long-terme.
Il s’agit de s’efforcer de maintenir des conditions biologiques, physiques, sociales assurant la vie sur terre, aussi bien celle des humains et des non-humains. Je rêve de mobilisations collectives et responsables pour tendre vers un monde guidé par la justice sociale et environnementale, dans lequel on ne craint pas de respirer l’air ambiant, de boire l’eau d’un ruisseau, de manger les légumes de la terre, d’avoir des enfants.«
J’encourage les nouveaux résidents à prendre part à la vie du campus, c’est un moyen inouï de la découvrir et de partir, à moindre coût carbone, à la rencontre du monde.
« La bibliothèque a vite constitué un point de repère pour moi. J’ai tout de suite été touchée par l’âme de ce lieu. Je ne me suis jamais lassée de franchir sa porte, d’être chaleureusement accueillie par son personnel, de marcher doucement dans ses allées pour choisir ma place, d’allumer la lampe à la lueur jaune, assez douce pour les yeux. J’aimais penser aux résidents du passé, que j’ai vus sur des clichés de la bibliothèque datant des années 1930. Le mobilier n’a pas changé. Ce sont seulement les visages, les tenues, les postures qui sont un peu différents. Être là c’était sentir cette continuité sur le temps long. C’était prendre conscience de la chance incommensurable de faire partie de cet environnement et de sa communauté.
« La Cité internationale est un lieu hors du commun pour justement s’ancrer pour un temps, et s’engager. J’ai pris conscience de cette richesse historique par la lecture des deux ouvrages, La Babel étudiante et Le Campus-monde, co-dirigés par Dzovinar Kévonian et Guillaume Tronchet, disponibles à la bibliothèque. J’ai d’abord été fascinée par le dessein de ses pères fondateurs, André Honnorat, Paul Appell et Emile Deutsch de la Meurthe qui ont eu l’énergie et le courage après la première guerre mondiale, de bâtir ce lieu unique pour favoriser l’amitié entre les peuples, espérer la paix universelle et permettre aux étudiants défavorisés de faire des études. Avoir la chance de vivre dans ce lieu rempli d’histoires, d’architectures remarquables, de services multiples appelle à l’humilité et à l’engagement.
« Mon entourage me perçoit comme exigeante, et je partage plutôt cette vision. Il est fondamental pour moi d’utiliser le temps qui m’est imparti sur Terre à des causes dans lesquelles je crois et que je veux voir avancer. Je me sens exigeante dans la qualité des relations que je tisse avec les êtres qui m’entourent, et dans la quête de solutions pour préserver la vie sur cette planète partagée.