Pour sa première exposition en France, l’artiste peintre Safira Taylor a choisi d’investir le Collège néerlandais. Ses œuvres y sont présentées jusqu’au 20 septembre et seront notamment mises à l’honneur lors des Journées européennes du patrimoine, à travers une visite guidée menée par Julie Cousty, commissaire de l’exposition. Rencontre avec l’artiste.
L’exposition Wingspan, présentée au Collège néerlandais, est née d’une collaboration avec la commissaire d’exposition Julie Cousty. Julie avait vu mes peintures lors d’une exposition à Amsterdam et, à l’occasion d’une visite ultérieure dans mon atelier, elle m’a proposé de concevoir une exposition autour de mon travail. S’en sont suivis plus d’un an d’échanges par e-mail, de discussions et de visites d’atelier pour préparer l’exposition. Grâce à Annemarie Eijlders, responsable du Comité culturel du Collège néerlandais et résidente sur le campus de la Cité internationale, nous avons eu la possibilité de présenter l’exposition sur place.
Wingspan réunit sept peintures issues de deux séries, msfc (mother stands for comfort) et la série qui lui a succédé, msfc.abats (as big as the sky). Le titre de l’exposition, Wingspan [Envergure], fait référence à l’installation déployée des œuvres, à la distance et au lien entre deux lieux, et constitue également un clin d’œil à mon intérêt pour les insectes. Entre autres choses, j’observe souvent les ailes des insectes lorsque je commence une peinture.
Peindre sur des draps en lin de seconde main est arrivé presque par hasard. Ma mère en avait acheté quelques-uns à bas prix dans une brocante. Je me suis dit qu’ils pourraient constituer un matériau intéressant à expérimenter, car leur texture était différente de celles sur lesquelles j’avais l’habitude de peindre. Depuis, ces textiles constituent le fondement physique et conceptuel de ma pratique, ma source d’inspiration. Je trouve que les marques d’utilisation qu’ils portent racontent des histoires de travail et de soin, liées à l’usage que les personnes en ont fait. Cela fait écho aux thèmes de la domesticité et des cycles de la vie de la nature, y compris ceux des êtres humains !
Lorsque j’ai découvert l’espace du Collège néerlandais pour la première fois, il m’était difficile d’imaginer mes peintures dans ce lieu, car il n’y avait aucun mur disponible pour les accrocher. Nous n’avions pas le droit d’intervenir sur le bâtiment classé aux monuments historiques : pas de clous, pas de vis ! Il nous a fallu un certain temps pour trouver comment faire fonctionner l’espace pour une exposition de peintures. Avec la commissaire, Julie, et le designer visuel, Scott Kooken, nous avons réfléchi à différentes possibilités. Nous devions trouver comment accorder à chaque œuvre suffisamment d’attention, faire en sorte que l’ensemble s’intègre harmonieusement à l’architecture du bâtiment et utiliser la lumière naturelle du patio central de manière à mettre les peintures en valeur, plutôt qu’à projeter des ombres sur elles.
Scott a conçu une structure impressionnante, réalisée à partir de tiges d’acier suspendues aux interstices des fixations existantes des verrières. La structure s’intègre si parfaitement au bâtiment que les visiteurs pourraient même ne pas la remarquer. Une fois qu’on l’a repérée, on réalise toute la beauté qu’elle recèle. Je trouve qu’elle complète très bien les peintures.
Pendant l’installation de l’exposition et le premier week-end de Wingspan, j’ai eu la chance de séjourner au Collège néerlandais. Un matin, je suis descendue et j’ai découvert un matelas installé dans le bassin vide du patio, sur lequel deux étudiants dormaient. Ils l’avaient sorti à l’extérieur à cause de la vague de canicule qui régnait à Paris.
Un autre soir, je suis rentrée tard après avoir retrouvé des amis. À travers mes peintures, je pouvais voir, dans le patio plongé dans l’obscurité, deux étudiants vêtus d’orange, penchés sur un ordinateur portable et regardant un match de football des Pays-Bas lors de la Coupe du monde.
J’ai adoré voir mes peintures interagir avec la vie quotidienne de la maison. J’ai également beaucoup aimé observer les variations de la lumière du soleil et les jeux d’ombre qui se projetaient sur les œuvres, à travers les fenêtres, à différents moments de la journée.
Je travaille actuellement sur une nouvelle série de peintures consacrée aux marri, des arbres originaires d’Australie-Occidentale, où j’ai grandi. Ce sont des arbres qui jouent un rôle nourricier : leur sève possède des propriétés médicinales, et les fleurs permettent de produire une tisane douce et du miel aux vertus apaisantes.
Je me suis également intéressée aux figures féminines dans les peintures d’Édouard Vuillard et de Pierre Bonnard, et j’utilise leurs formes comme point de départ pour mes propres œuvres. Il existe des liens entre ces différentes idées, et je suis curieuse de voir ce qui va émerger. Je ne sais pas encore où ces œuvres aboutiront mais elles sont bel et bien en cours de réalisation dans mon atelier.
Le Collège néerlandais a été créé par Willem Marinus Dudok. Il s’agit de la seule œuvre de l’architecte en France, constituant ainsi un témoignage unique de l’un des architectes les plus éminents de l’école hollandaise active dans l’entre-deux-guerres. Il est classé monument historique depuis 2005.
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