Le regard des femmes

L’édition 2027 propose d’examiner la guerre et la paix à travers le regard des femmes, non seulement comme témoins ou victimes des conflits, mais surtout comme actrices d’une culture de la paix et acteurs clés des transformations sociales, politiques, culturelles et patrimoniales. Depuis l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies en 2000, la communauté internationale reconnaît progressivement la nécessité d’intégrer les femmes aux processus de prévention des conflits, de négociation et de reconstruction. Pourtant, leur participation demeure largement insuffisante dans les espaces officiels de décision, alors même qu’elles sont souvent à l’origine des initiatives les plus innovantes en matière de médiation, d’entraide, de justice réparatrice ou de reconstruction des communautés.

Les femmes au cœur de la reconstruction des sociétés

Cette Université de la paix adoptera une approche résolument interdisciplinaire, croisant les regards de responsables politiques, diplomates, juristes, artistes, écrivaines, chercheuses, architectes, professionnelles du patrimoine, représentantes d’organisations internationales et actrices de terrain. L’objectif est de dépasser une lecture institutionnelle de la paix pour mettre en lumière les multiples formes d’engagement développées par les femmes dans les sociétés confrontées à la guerre.

La paix ne constitue pas seulement l’interruption des violences. Elle se construit également dans les écoles, les associations, les lieux de culture, les espaces publics, les œuvres artistiques, les pratiques mémorielles, les patrimoines matériels et immatériels, les solidarités quotidiennes et les initiatives citoyennes. Les femmes occupent une place essentielle dans ces processus souvent invisibles qui permettent aux sociétés de retrouver des formes de confiance, de transmission et de coexistence.

Au-delà de la prévention des conflits et de la négociation de la paix, cette édition 2027  mettra ainsi en lumière un aspect encore insuffisamment étudié : la contribution des femmes à la reconstruction des sociétés après les guerres. Reconstruire est aussi recréer des liens sociaux, transmettre des mémoires, réinventer des pratiques culturelles, restaurer des patrimoines matériels et immatériels, réparer les fractures symboliques et permettre aux communautés de redevenir habitables. Les femmes jouent un rôle majeur dans ces processus souvent discrets mais essentiels, qui conditionnent la possibilité d’une paix durable.

En interrogeant les relations entre justice, culture, mémoire et réparation, cette édition ouvrira un dialogue international sur les nouvelles formes de fabrication de la paix, tout en donnant une visibilité accrue aux expériences féminines qui contribuent, partout dans le monde, à reconstruire les sociétés après les conflits.

Nous avons pris l'habitude de penser à travers les catégories d'États et d'organisations interétatiques mais les citoyens ordinaires ont un impact bien plus grand qu'ils ne l'imaginent. Les gens ordinaires peuvent changer l'histoire.

Oleksandra Matviïtchouk, avocate spécialisée en droits humains et Prix Nobel de la Paix 2022

Les grands axes de cette édition

Femmes, justice réparatrice et construction de la paix

Les accords de paix demeurent encore largement négociés par des hommes, alors même que les femmes sont parmi les premières concernées par les conséquences des conflits. Malgré les avancées du cadre international, leur participation aux négociations, aux dispositifs de justice transitionnelle et aux mécanismes institutionnels de reconstruction reste limitée. Pourtant, de nombreuses recherches montrent que les processus de paix auxquels les femmes participent sont plus inclusifs et produisent des résultats plus durables.

Cet axe explorera les multiples formes d’engagement féminin dans la prévention des conflits, la médiation, la négociation, la justice transitionnelle et la justice réparatrice. Il s’intéressera aussi bien aux responsables politiques qu’aux diplomates, magistrates, avocates, représentantes d’organisations internationales ou actrices de la société civile qui œuvrent quotidiennement à la résolution des conflits.

Une attention particulière sera portée aux violences sexuelles utilisées comme armes de guerre, aux mécanismes de réparation, aux tribunaux internationaux, aux commissions « vérité et réconciliation » ainsi qu’aux formes plus informelles de justice développées au sein des communautés. Les débats permettront également d’interroger les résistances institutionnelles qui continuent de limiter l’accès des femmes aux espaces de décision et de réfléchir aux conditions nécessaires pour construire une gouvernance véritablement inclusive de la paix.

 

Les femmes comme créatrices d’une culture de la paix

La paix se construit également bien au-delà des institutions. Elle se nourrit d’initiatives locales, de solidarités quotidiennes, de créations artistiques, de projets éducatifs, d’activités économiques ou d’engagements citoyens qui permettent de recréer des liens sociaux durablement fragilisés par les conflits.

Cet axe s’intéressera aux femmes qui produisent cette culture de la paix dans les territoires. Artistes, écrivaines, musiciennes, enseignantes, entrepreneures sociales, responsables associatives, journalistes ou simples habitantes développent des pratiques qui favorisent le dialogue, la coopération, la transmission et la reconstruction des imaginaires collectifs.

Après les conflits, la reconstruction passe également par les gestes ordinaires qui permettent aux communautés de retrouver une vie collective. Les femmes jouent un rôle essentiel dans la réouverture des écoles, l’organisation des solidarités locales, la renaissance des pratiques culturelles, la création artistique, l’entrepreneuriat social ou encore la transmission des savoirs. Elles recréent des espaces de confiance et d’échange qui permettent aux sociétés de sortir progressivement de la logique de guerre.

Les échanges mettront ainsi en lumière le rôle des femmes dans l’éducation à la paix, l’accueil des populations déplacées, les initiatives interculturelles ou les réseaux de solidarité économique. En donnant à voir ces expériences souvent peu visibles, cet axe souhaite montrer que la paix ne résulte pas uniquement d’accords diplomatiques mais aussi d’un travail quotidien de transformation des relations humaines et des imaginaires collectifs.

 

Matrimoine, mémoires féminines et reconstruction

Les guerres détruisent des monuments, des villes et des paysages, mais elles bouleversent également les patrimoines immatériels, les savoir-faire, les traditions, les récits familiaux et les mémoires collectives. Après les conflits, la reconstruction ne consiste donc pas seulement à rebâtir des bâtiments ; elle implique aussi de restaurer les liens entre les personnes, les lieux et les cultures et de redonner aux sociétés leur capacité à produire du sens, à transmettre leur histoire et à recréer des formes de vie collective.

Les femmes jouent un rôle déterminant dans ces processus. Elles assurent souvent la transmission des langues, des pratiques culturelles, des rites, des savoir-faire artisanaux, des mémoires familiales et des patrimoines du quotidien qui permettent aux sociétés de retrouver leur continuité historique. Elles participent également à la reconstruction des patrimoines monumentaux en tant qu’architectes, archéologues, conservatrices, restauratrices ou responsables d’institutions culturelles. Ces différentes formes de reconstruction constituent de véritables actes de réparation sociale et politique, indispensables à la reconstruction des sociétés.

Cet axe proposera de réfléchir au matrimoine comme ensemble de mémoires, de savoirs, de pratiques et de créations féminines longtemps marginalisés dans les récits officiels de la reconstruction. Il abordera également la reconstruction du patrimoine matériel dans les territoires touchés par les conflits, en s’intéressant au rôle des architectes, archéologues, conservatrices, responsables de musées et professionnelles du patrimoine.

Enfin, les débats permettront d’explorer les liens entre patrimoine, mémoire, justice et réconciliation, en montrant comment la restauration des lieux, des collections, des pratiques culturelles et des patrimoines vivants contribue à reconstruire les sociétés elles-mêmes. La reconstruction patrimoniale apparaît ainsi comme une forme de réparation culturelle et politique, au cœur de la fabrication d’une paix durable.