11/05/2026
Ciel&espace
Sciences

Qui peut s’approprier la Lune ?

L’extraordinaire puissance onirique du voyage dans l’espace se vérifie chaque jour d’avantage. Cet « ailleurs », en réalité si proche de nous, est une source d’émerveillement collective dont le risque est d’abandonner toute lucidité sur la réalité des intérêts qui s’y jouent.

Au moment où les astronautes de la Nasa pilotent le vol Artemis 2 et que son dirigeant dresse de nouveaux plans pour un alunissage avant la fin de la décennie. Où les Etats-Unis de Trump mettent en scène une nouvelle course à la Lune avec la Chine. Où le pôle sud de notre satellite naturel est imaginé comme un poste avancé de l’exploration scientifique habitée. Où les ressources minérales des astéroïdes et des corps célestes sont présentées comme des trésors de matériaux rares à exploiter. Et que l’objectif martien, sans cesse réaffirmé depuis des décennies, s’inscrit dans l’agenda des sociétés du New Space, qu’en est-il des situations concrètes dans ces terres du ciel. A qui appartiennent elles ? A-t-on le droit de les revendiquer, de les borner et de les exploiter ? Qui peut s’approprier la Lune et qui en est le gendarme ?

En France, pays membre de l’Agence spatiale européenne, dont les astronautes sont devenus des héros populaires, voire des icônes modernes, la place et le rôle que nous occuperons dans cette aventure est rarement l’objet d’un débat public. Pourtant si nécessaire et indispensable, pour ne pas confondre le rêve… et la réalité.

Alain Cirou reçoit Arnaud Saint Martin, sociologue des sciences, astronome amateur, et député de Seine et Marne. Spécialisé dans les questions aérospatiales, il a publié en 2024 avec le chercheur Irénée Régnauld un livre intitulé Une histoire de la conquête spatiale dans lequel les auteurs proposent des alternatives à la militarisation et à la privatisation de l’espace. A l’heure des nouvelles ambitions lunaires des grandes puissances spatiales, il propose que le traité de la Lune, qui envisage les corps célestes comme patrimoine mondial de l’humanité, déjà signé par la France mais pas ratifié, soit mis en débat au parlement. Autant pour réaffirmer ce « commun » qu’est l’Espace que de le protéger des pollutions et exploitations qui le menace.

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A propos de la série

Le Club des chercheurs de la Cité internationale universitaire de Paris, hébergé à la Fondation Victor Lyon, s’est associé à l’association française d’astronomie et le magazine Ciel & Espace pour organiser mensuellement de grands entretiens avec des experts scientifiques. Dans un monde saturé d’informations, toutes circulant à la vitesse de la lumière et se chassant mutuellement, il est salutaire de faire une pause. Parce que tout va trop vite, et qu’il convient de trier entre l’important et le superflu, distinguer les faits de la communication, de la propagande, dans les sciences de l’Univers – comme dans la société – il est plus que jamais nécessaire de se donner du temps : le temps de la réflexion. C’est le projet de ces « Grands entretiens » : se donner le temps d’aller au fond des sujets. Les grands entretiens de Ciel et Espace sont organisés en partenariat avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, la Cité internationale universitaire de Paris, le Club des chercheurs de la Fondation Victor Lyon et la Ville de Paris.