Un design sonore pour la Maison de l’Île-de-France

Des dispositifs sonores qui expriment les performances énergétiques du bâtiment.

16/12/2014


par Pascale Dejean


Projet DAO

L’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM), l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Tours Angers Le Mans (ESBA TALM) et l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI les Ateliers) organisent chaque année un workshop à destination des étudiants de Master en design sonore. C’est dans le cadre de ce dispositif qu’il a été proposé à la Région Ile-de-France de financer ce workshop sur le design sonore de la future Maison de l’Ile-de-France, qui s’implantera sur le site historique de la Cité internationale universitaire de Paris en 2016.

La Direction de la recherche et de l’enseignement supérieur (DRES), qui assure la maîtrise d’ouvrage de l’opération, a choisi l’agence Nicolas Michelin & associés pour réaliser ce bâtiment. La Maison de l’Ile-de-France offrira 142 chambres et des espaces collectifs dont une salle polyvalente de 150 m² en rez-de-parc. Conçue selon les techniques les plus innovantes en matière de développement durable, la maison bénéficiera d’une véritable centrale solaire qui assurera 75 % de ses besoins thermiques. En parallèle de ce système innovant, la production d’électricité du bâtiment sera assurée par des panneaux photovoltaïques situés en toiture et sur le plan incliné de la façade Sud. La Région a également intégré au projet : l’énergie grise, la qualité de l’air intérieur, l’autonomie en éclairage naturel, les matériaux bio-sourcés, un chantier à faible nuisance et la sensibilisation des futurs occupants au développement durable.

Si ce bâtiment est déjà soumis aux exigences les plus ambitieuses en matière de développement durable, la Région a souhaité aller plus loin en initiant des études qui expriment ses performances énergétiques, en quelque sorte sa « respiration » quotidienne. Quoi de plus naturel alors que de confier ces études à des étudiants, qui représentent la population résidente de la Cité internationale. Quelques 25 étudiants de master en design sonore, qui explorent nos environnements futurs à la croisée de l’art et de la technique, ont réalisé un workshop durant deux semaines. Leurs propositions sont pour le moins originales, ouvrant la voie à ce que pourrait être l’identité culturelle de cette maison.

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Projet Effet papillon


LES PROJETS :

EFFET PAPILLON : dans chaque chambre, 4 marqueurs sonores accompagnant les gestes du quotidien qui entraînent une consommation en air, électricité, chaleur ou eau. A chaque étage, disposé au-dessus de l’ascenseur, un « tableau sonore » indique la consommation globale indiquée par le rythme et l’intensité sonore.
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YLIOS : dispositif de communication sonore qui permet d’économiser de l’énergie en privilégiant des gestes éco-responsables basés sur le partage (machine à laver, occupation des salles communes, etc.) ou emprunter l’escalier plutôt que l’ascenseur. Des points karmas sont accumulés par les résidents qui bénéficient en retour de certains avantages. 
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ENERGY-HUNTERS: jeu de piste sonore individuel ou collectif équivalent à une plateforme Internet de jeu. Le joueur doit débusquer les foyers sonores et les capteurs qui s’activent via un mouvement approprié. Ces foyers sonores correspondent à des foyers énergétiques qui traduisent le fonctionnement du bâtiment. 
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OSE :
Il s’agit de révéler l’âme sonore du bâtiment, de faire parler les flux, les énergies, à travers un langage sonore. Des impulsions sonores et visuelles accompagnent les usagers, les sensibilisent à l’économie d’énergie afin de les inciter à réduire leur propre consommation. 
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DAO : le hall et l’escalier, très fréquentés, deviennent des lieux sensibles. Une installation formelle et sonore se transforme au gré des flux énergétiques. Le bâtiment est alors perçu comme un organisme vivant, avec sa propre respiration. 
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Projet Ylios

INTERVIEWS

Isabelle THIS SAINT-JEAN, vice-présidente chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche au conseil régional d’Île-de-France

 

Quel est pour vous le sens de cette démarche de projet ?

Cet atelier a permis de confronter des étudiants venant de divers horizons (design, beaux-arts et acoustique) à une question concrète et essentielle à la réussite de notre projet : comment signifier, par le son, l’importance d’une attention quotidienne à nos consommations d’énergie.

La Maison de l’Ile-de-France est un bâtiment pionnier, qui va mettre en œuvre une technique de stockage de l’énergie inédite en France à cette échelle. Ce projet a été primé par l’ADEME dans le cadre de l’appel à projet « BEPOS » (bâtiments à énergie positive). Or, on sait aujourd’hui que plus d’un tiers de la réussite d’une telle ambition repose sur les comportements individuels.

Pourquoi avoir choisi le design sonore en particulier ?

Le design sonore est un champ relativement nouveau qui présente à notre sens l’intérêt d’une sensibilisation des résidents plus créative, moins « moralisatrice » que les actions de sensibilisation plus classiques. De plus, les futurs résidents de la Maison de l’Ile-de-France viendront de plus de 30 pays différents. Une création sonore permet de s’adresser à tous. Elle signe l’identité de la Maison de l’Ile de France et contribue de plus au rayonnement artistique de la Cité internationale.

Comment peut-on selon vous sensibiliser les futurs résidents de la future Maison de l’île-de-France à l’économie d’énergie ? Et cette sensibilisation doit-elle se limiter aux résidents de la Maison ?

Nous avons prévu d’engager une réflexion sur ce sujet en confiant à TRIBU, notre bureau d’étude environnemental, la réalisation d’un carnet à destination des futurs résidents. Ce carnet sera en quelque sorte le mode d’emploi de la Maison de l’Ile-de-France. Il présentera aux étudiants la performance environnementale du bâtiment, les divers équipements techniques et les conseils de gestes verts pour limiter leurs consommations d’eau et d’énergie et assurer un confort optimal.

De plus, nous avons intégré dans le projet la réalisation d’une salle polyvalente qui pourra accueillir toutes sortes de manifestations, débats, expositions autour du développement durable. Enfin, le personnel de la Cité internationale chargé de l’exploitation et de la maintenance des installations sera formé à l’issue de la construction du bâtiment.

Roland Cahen, compositeur électro-acoustique, designer sonore, enseignant chercheur responsable du Studio Sonore et de l’enseignement du Design Sonore à l’ENSCI

Pourquoi avez-vous choisi précisément le design sonore comme thème d’étude ?

Le son participe de l’expérience multisensorielle et multimodale des interfaces du bâtiment. Il permet de communiquer des informations en retour des actions et d’informer les habitants de leur consommation d’énergie de l’état énergétique du bâtiment.

Pensez-vous que la création sonore puisse être un marqueur d’identité culturelle pour la future Maison de l’île de France ?

Il n’existe pas ou peu de lieu qui se préoccupe de la question sonore, qui investisse les arts sonores et pas seulement la musique. La maison de l’Ile de France qui sera très bien isolée de l’extérieur, notamment à cause de la proximité du boulevard périphérique et pour des raisons thermiques, constitue à ce titre un lieu d’accueil favorable aux expériences sonores et des évènements artistiques dans ce domaine. Installations sonores, workshops et rencontres pourraient donc y trouver une maison et un public.

La cité internationale universitaire est un lieu de passage et d’échange où les évènements sociaux permettant de lier les étudiants sont très appréciés et motivants. Les arts sonores et l’engagement personnel autour des questions des énergies renouvelables seraient donc le sujet privilégié.

Avez-vous un coup de cœur pour des projets en particulier ?

Les cinq projets couvrent plusieurs lieux et enjeux :

Ils permettraient à la fois d’aider à la socialisation entre les étudiants et de mieux faire comprendre le fonctionnement énergétique complexe des bâtiments à énergie positive et donc de s’approprier et de partager collectivement cette problématique. Les dispositifs dans les chambres et ceux qui seraient distribués dans les parties communes permettraient de signaler le comportement énergétique de différentes façons sur les principaux sites du bâtiment : des petits dispositifs mécaniques dans les chambres, des tableaux de consommation par étage, des commandes d’ascenseur et de lumière indiquant l’état des réserves d’énergie. Mais également une installation artistique dans le hall d’accueil personnaliserait le bâtiment et permettrait d’un seul coup d’œil ou d’oreille de connaître la situation énergétique. Enfin, un jeu grandeur nature à l’échelle du bâtiment puis de la Cité entendrait faire participer tout le monde à cette question cruciale pour notre avenir à tous qui commence aujourd’hui.