Le renouveau du jardin du Collège Franco-Britannique

Au Collège Franco-Britannique, le jardin se réinvente en référence à la tradition anglaise.

15/07/2015


par Pascale Dejean



Au Collège Franco-Britannique, le jardin se réinvente en référence à la tradition anglaise

A la Cité internationale, les jardins, conçus comme les extensions naturelles des maisons, jouent la transition entre les volumes bâtis et le parc paysager. Ces jardins, dont la composition et l’esthétique sont en accord avec le style architectural des maisons, reflètent l’esprit multiculturel qui caractérise la Cité internationale.


Depuis 1998, la Cité internationale rénove progressivement son patrimoine bâti, proposant à ses milliers de résidents de séjourner dans des maisons plus confortables et mieux équipées. Aujourd’hui, elle s’engage également dans la rénovation de son parc et de ses jardins, dans le respect de l’identité des lieux, afin d’offrir des espaces mieux adaptés aux usages contemporains et riches en biodiversité.
Si, à la Cité internationale, le jardin est avant tout un espace partagé d’agrément et de détente, il offre également la possibilité de satisfaire les sens, de stimuler l’imagination et de susciter le dépaysement. De la Fondation Deutsch de la Meurthe, dont la composition parfaitement symétrique marque le renouveau du jardin à la française, à la Maison du Japon, dotée d’un jardin zen, l’impression de voyage est bien réelle. Dans la continuité de son action en faveur de l’architecture, la Cité internationale a l’ambition de requalifier progressivement ces espaces pour en faire de véritables jardins du monde. 

C’est dans cet esprit que s’inscrit la requalification du jardin du Collège Franco-britannique, en cours de réalisation. En résonnance à  l’architecture néo-gothique du bâtiment se dessine un jardin  imprégné d’influences anglaises, structuré autour d’une allée centrale et de quatre arbres d’ornement conservés.


Réalisé par les équipes du domaine de la Cité internationale, en collaboration avec le Centre de formation professionnelle et de promotion agricole horticole de Saint-Germain-en-Laye (CFPPAH), ce projet a été conçu par l’agence TN PLUS, en charge du volet paysager dans le futur réaménagement du parc.

Julien Bellenoue et Bruno Tanant, paysagistes à l’agence TN PLUS, particulièrement impliqués dans ce projet, nous éclairent sur l’esthétique et la composition botanique de ce jardin en devenir.   


Quelles idées ont présidé la conception du dessin, sur les plans historique, fonctionnel et écologique ?

Dans un premier temps, la conception du projet prend en compte plusieurs facteurs, ce que nous appelons attracteurs, c’est-à-dire les notions à la fois de Jardins du Monde, d’horizons et de sol qui constituent l’ensemble des éléments indissociables du site.


D’une superficie de 1000 m² et inscrit dans un ensemble paysager plus large (le Parc de la Cité Universitaire), le jardin du Collège Franco-Britannique orienté Sud-Ouest, s’étire en limite Sud vers le Parc, alors que ses trois franges Nord, Est et Ouest sont marquées par les façades du Collège qui le protègent et lui confèrent une belle intériorité, sorte de bulle qui échappe au contexte et suit la logique développée à grande échelle des Jardins du Monde. De ce fait, les effets d’exposition à la lumière sont contrastés et varient du matin au soir par l’ombre projetée des façades, et celle des houppiers des pommiers et cerisiers existants.


Ainsi, plusieurs intentions émergent :
– Valoriser à la fois l’ouverture visuelle sur le Grand Parc au Sud et l’effet de cocon du jardin,
– Révéler la présence des deux pommiers et des deux cerisiers, ainsi que les haies périphériques composées d’ifs, tout en les conservant et les replantant par endroits car ces éléments constituent la structure historique du jardin. Il s’agit aussi de mettre en place différentes strates végétales afin d’étager le jardin et favoriser de pair la biodiversité tout en préservant les émergences racinaires des deux cerisiers à fleurs les plus au Sud du jardin,
– Un sol à enrichir en tenant compte de la présence de deux niveaux topographiques dans le jardin (Rez-de-chaussée et Rez-de-jardin),
– L’échelle des pratiques et des usages à anticiper, tout comme le choix des plantes à mettre en place,
– Réduire le temps passé pour le travail d’entretien par les jardiniers, en particulier en limitant les surfaces minérales à désherber.
– Renforcer l’ensemble des strates végétales (strate arborée, strate arbustive et strate herbacée) pour valoriser l’image d’ensemble du jardin par contrastes successifs de valeurs (écologiques, visuelles, fonctionnelles …) et d’échelles.

Dans un second temps, le concept de l’ombre ou la part sensible du réel émerge.


Le mot jardin convoque des images d’interventions marquées, de remodelage et d’essences nouvelles. En conservant ces principes, il s’agit ici plutôt d’infiltration, d’attention à ce qui est déjà là, d’ajouts en sympathie.
Le projet met en valeur les potentialités du site énoncées ci-avant, en proposant un concept qui développe l’épaisseur végétale accompagnant le jardin tout entier, le parcours du futur cheminement et les différents usages projetés (en particulier, proposer des zones de pauses et des zones disponibles pour tables et chaises).
Le jardin se déploie du Nord-Est au Sud-Ouest et fait alterner des zones à la fois très plantées et des zones plus ouvertes, jouant par tâches successives sur les formes, les lumières et les couleurs des plantes, à la fois évocation et transposition des mixed-border anglais.
Les espèces changent, les hauteurs se distinguent, les strates végétales sont diverses et proposent également une diversité plus grande, tout en anticipant les effets de lisière, le rythme des saisons, la pousse végétative ou encore les floraisons.


Ainsi, vivaces, rosiers et arbustes à faible développement dessinent les volumes du jardin et impriment plus intensément la projection du houppier des arbres existants au sol, comme le feraient après la floraison de printemps les pétales tombés au sol mais de façon plus pérenne.

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Les essences végétales proposées sont toutes adaptées aux caractéristiques du sol et au climat. Elles renvoient aux jardins anglais : rosiers, plantes aromatiques, plantes de terre de bruyère, etc., et sont cernées par une haie basse taillée, tout en développant les situations particulières propres aux deux niveaux du jardin.


Les limites du jardin sont aussi travaillées afin de les dissimuler, voire de les brouiller pour agrandir l’espace.


Le cheminement en briques et composé de joints de vivaces s’estompera progressivement avec le temps. Il prend la forme d’une ligne brisée dialoguant avec les tâches plantées sous les arbres. Elle oscille et se brise afin de révéler les éléments proches et réorienter l’espace en soulignant à la fois les espaces couverts et découverts situés en bordure. Enfin, elle conduit l’œil et le pas vers le grand Parc et inversement vers le perron agrandi, comme une scène.

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Quelle est la plus-value du mixed-border en termes esthétique, botanique et sur le plan de la biodiversité ?

Il s’agit de conduire un ensemble de plantes très diverses, tant sur le plan botanique, de la provenance autour de la dimension des cinq continents, afin d’augmenter la diversité, les enrichissements multiples, les croisements et éviter ainsi le caractère mono-spécifique des plantations où les attaques parasitaires, si elles ont lieu, viendraient amoindrir les qualités des plates-bandes entières.


Le mixed-border permet de définir des associations de couleurs de feuillage, de floraisons, d’étagements végétatifs, etc., au cours des saisons, sorte de partition chromatique qui se déploie à l’échelle d’une plate-bande toute entière.


Il permet aussi de définir et de dissocier finement chaque partie du jardin tout en cherchant à imiter la nature.


Sous son allure naturelle et foisonnante, le mixed-border cache un travail fin et minutieux d’associations et de contrastes entre les plantes.

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Quelles plantes avez-vous privilégié, pour quelle raisons ?

Nous avons privilégié à la fois des arbustes à faible développement, des Rosiers Anglais de la pépinière David Austin qui allient les formes et les parfums des rosiers anciens à la très large palette de couleurs et à la floraison remontante des rosiers modernes et contemporains, et des plantes vivaces couvre-sols, disposés par colonies et moutonnements successifs, afin de limiter le travail d’entretien des jardiniers.


Trois points méritent d’être approfondis :
– Anticiper les effets de lisière des massifs par rapport à la végétation existante [pieds des arbres et haies] et aux pieds des façades : proposer une graduation et un travail sur les émergences végétales.
– Prévoir la disposition des plantes par rapport à la course du soleil [exposition du jardin plein-Sud] et aux effets sous-jacents d’ombres portées.
– Disposition des plantations par tâches de couleur afin de créer des massifs de vivaces prolongés à la fois par des rosiers ou des plantes ligneuses arbustives.


Comment identifier ce jardin pour le distinguer au sein de ceux de la Cité internationale ?

Le rythme, la densité et les couleurs des plantations, la lumière tamisée ou vive, la reprise de matériaux de façade notamment la brique, vont créer une atmosphère particulière qui renforcera l’identité de ce jardin au sein du Parc de la Cité internationale.
En plus de ses qualités d’usages, visuelles et sensorielles, ce jardin se définit et se distingue comme un fragment du Monde, d’un monde à l’échelle de la Cité internationale et plus particulièrement du Collège Franco-Britannique.

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