Allocution pour la réouverture de la Maison de la Tunisie – Marcel Pochard

Inauguration de la réouverture après travaux de la Maison de la Tunisie à la Cité internationale universitaire de Paris le 16 juin 2014.


17/06/2014


Cité internationale universitaire de Paris
Marcel Pochard, conseiller d’Etat, président de la Cité

Monsieur le ministre tunisien de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et des technologies de l’information et de la communication,

Monsieur le recteur de l’académie de Paris, chancelier des Universités de Paris,
Madame la déléguée générale de la Cité,
Monsieur le directeur de la maison de la Tunisie,

Nous finissions, Monsieur le ministre, par désespérer que puisse avoir lieu cette inauguration de la réouverture après travaux de cette Maison de la Tunisie. Les travaux sont en effet terminés depuis 2 ans et demi. Mais avec la Tunisie, tout finit par arriver, et par arriver pour le meilleur. Votre pays vient encore, dans les toutes dernières années, de nous démontrer cette aptitude à faire basculer le destin dans le bon sens, en réussissant, non sans une certaine dramaturgie qui a tenu en haleine les chancelleries et les opinions publiques de tous les pays, à maîtriser un processus révolutionnaire exceptionnellement complexe. Merci, Monsieur le ministre pour votre venue qui nous permet cette inauguration si attendue.


C’est une magnifique occasion pour la Cité de vous dire combien la présence de votre pays sur son site, au travers de cette allègre sexagénaire qu’est cette maison, nous est précieuse. La présence de la Tunisie à la Cité, c’est déjà bien sûr, comment ne pas procéder à ce retour aux racines historiques, celle d’un pays au génie puisé aux sources d’une des plus mythiques légendes qui structurent l’inconscient collectif universel, celui de la sublime Didon, encore chantée ce dernier Week End à l’Opéra royal du Château de Versailles, et le pays à l’origine d’une des plus glorieuses épopées de l’histoire militaire, aux temps illustres de la grande Carthage.

C’est aussi, plus en rapport avec l’objet de la présente cérémonie, celle d’un pays traditionnellement attaché aux valeurs qui sont au cœur de l’œuvre de la Cité, celles de respect des autres, d’ouverture aux autres cultures, de refus des discriminations de toutes natures, de la promotion des droits de l’homme. Je voudrais rappeler en ce sens un fait historique, mal connu en France, et pourtant tellement illustratif de cette Tunisie porteuse, à la face du monde, de valeurs universalistes ; la Tunisie est un des tout premiers pays au monde à avoir aboli l’esclavage, dès les années 1840, avant la France de 1848 et avant les Etats Unis de Lincoln, en deux temps, déjà en 1841 par cette proclamation du Bey, impressionnante de panache et de grandeur « on ne naît pas esclave en Tunisie », puis par l’abolition proprement dite en 1846. La Tunisie des valeurs universalistes chères à la Cité, c’est aussi celle du statut personnel de la femme, longuement muri tout au long du XXème siècle, et proclamé en 1956, dès l’acquisition de l’indépendance, et la Tunisie qui en 2011 alluma le flambeau du printemps arabe, certes aux résultats inégaux, mais point de départ d’une immense espérance.

Dans les liens qui unissent la Tunisie à la Cité, je voudrais citer d’autres éléments ou évènements plus factuels peut-être, mais de haute portée symbolique, comme le fait déjà que parmi les tout premiers résidents de la Cité, ceux de la toute première génération, accueillis en 1925 à l’ouverture des tout premiers pavillons de la fondation Deutsch de la Meurthe, figurait , aux côtés d’un Jean Paul Sartre, un éminent tunisien inscrit à la fois à Sciences Po et en droit à la Sorbonne, Habib Bourguiba, qui occupa, c’est lui qui l’a rappelé, la chambre 114, précédant dans ces pavillons d’autres personnalités célèbres, comme Léopold Sedar Senghor ou Raymond Barre. Il ne manquera pas d’autres illustres tunisiens à fréquenter la Cité, surtout après l’ouverture de la Maison de la Tunisie ; très nombreux ; certains sont présents ; ainsi vous –même , Monsieur le ministre, qui avez séjourné ici, ou le Professeur Gharbi, président de l’université de Tunis El Manar ; je citerai aussi deux autres personnalités en charge d’une part des destinées de votre pays, le président Moncef Marzouki , président de la République, , et le président Mustafa Ben Jaafar, président de l’assemblée nationale constituante. Au titre des évènements symboliques, je rappellerai aussi que le premier acte que fit Habib Bourguiba après la signature le 3 juin 1955 de la convention franco-tunisienne mettant fin au traité du Bardo, a été de venir à la cité universitaire rencontrer les étudiants de la maison de la Tunisie ouverte depuis à peine deux ans, donnant d’emblée par là même à cette maison un lien avec la grande histoire. 

C’est assez vous dire, Monsieur le ministre, combien la Cité est heureuse et fière de comprendre une maison de la Tunisie. A travers vous j’en remercie votre pays et tous les tunisiens. 
Il est heureux que cette maison ait pu faire l’objet de la considérable campagne de travaux que nous célébrons aujourd’hui. A vrai dire, le besoin de travaux s’est fait jour quasiment dès l’ouverture de la maison, en raison notamment d’imperfections diverses, et tous les directeurs qui se sont succédés ont été amenés à suggérer des améliorations. Au fil des temps, des retouches sont intervenues, mais la maison n’a jamais pu être au mieux de ses potentialités. Ce qui frappe avec les derniers travaux, c’est à la fois leur exhaustivité et leur ampleur technique et financière. C’est une maison totalement renouvelée qui est mise à la disposition des résidents. La Tunisie a bien fait les choses. Soyez assuré que nous mesurons l’effort que cela représente et la confiance en la Cité dont cela témoigne.

Il est heureux que dans le même temps la Maison ait pu acquérir un statut d’autonomie avec sa consécration par décret du 19 mai 2010 en fondation reconnue d’utilité publique, pleinement responsable de son destin, dans le cadre et le respect des règles communes à toute la Cité. C’est dorénavant le conseil d’administration de la maison, sous la présidence de l’ambassadeur de la Tunisie, qui a pleinement la charge de la bonne marche et du rayonnement de cette maison. Et je me plais à témoigner ce soir devant toutes les personnalités ici rassemblées combien cette prise en charge de la maison par les autorités que je viens de mentionner et par le nouveau directeur, M. Imed Frikha, brillant universitaire et parfait connaisseur de votre département ministériel, Monsieur le ministre, puisqu’il y a assumé les lourdes responsabilités de chef du cabinet, s’avère fructueuse. 

Il est peu de dire que la programmation d’activités dans cette maison est riche et exemplaire ; une simple lecture de ce programme suffit à le démontrer ; en deux ans, en partant de zéro, un agenda remarquablement diversifié de manifestations a pu être monté, depuis des soirées de jazz maghrébin à un festival de courts métrages, en passant par des conférences de haut niveau consacrées aux sujets les plus brulants, notamment en lien, ce à quoi nous sommes particulièrement sensibles, avec le programme « Cité pour la paix » organisé dans l’ensemble de la cité. J’en remercie vivement M. Frikha et M. l’ambassadeur. Je profite par ailleurs de l’occasion pour leur dire à tous deux combien nous leur savons gré de leur engagement dans l’ensemble de l’œuvre de la Cité ; je remercie tout particulièrement son excellence M. l’ambassadeur d’avoir d’emblée, à peine nommé dans ses fonctions à Paris, témoigné de son intérêt pour la Cité en acceptant d’être désigné par ses pairs, les autres présidents de fondations, pour les représenter, aux côtés de 4 autres ambassadeurs au sein du conseil d’administration de la fondation nationale. Ainsi se trouve conforté le caractère tout à fait original de notre cité, une œuvre multinationale à gouvernance fédérative.

Au total, Monsieur le ministre, il est peu de dire que la Tunisie a su faire de cette maison un magnifique outil, pour son rayonnement universitaire et culturel et pour sa participation à la mobilité universitaire internationale. Il me reste à souhaiter que les résidents, tunisiens et non tunisiens, sachent en faire le meilleur usage, au service de la découverte réciproque de ce qui fait leur identité, et au service de la paix et de la compréhension entre les peuples.
Longue vie à la Maison de la Tunisie à la Cité.