Allocutions de Marcel POCHARD – 2012

Cérémonie de pose de la première pierre de l’extension de la maison de l’Inde à la Cité internationale universitaire de Paris

Allocution de Marcel Pochard, Conseiller d’Etat, Président de la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP).
17/12/2012

Monsieur le secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères de l’Inde,
Monsieur l’Ambassadeur de l’Inde,
Monsieur le Recteur de l’Académie, Chancelier des Universités de Paris,
Madame la Déléguée générale de la CIUP,
Monsieur le Directeur de la Maison de l’Inde, Cher Bikas Sanyal
Mesdames et messieurs,

Je voudrais déjà vous dire à tous combien la Cité Internationale Universitaire de Paris est honorée et heureuse de vous accueillir, pour cette pose symbolique de la 1ère pierre de l’extension de la Maison de l’Inde, alors que nous approchons de la phase finale du chantier.

L’événement est hautement symbolique.

En premier lieu parce qu’il est le 1er de ce type depuis 45 ans. La dernière maison construite à la Cité remonte à la fin des années 1960, avec la Maison Avicenne. La présente extension a donc la saveur du retour de la sève créatrice et du temps, privilégié, des bâtisseurs.

Ensuite, parce que cette extension de la Maison de l’Inde marque au surplus une nouvelle étape dans le développement de la Cité. Cette première pierre n’est pas seulement celle de l’extension d’une maison. Elle est celle d’un ensemble de nouvelles constructions. Grâce à un accord d’échange foncier passé avec la Ville de Paris, la Cité va pouvoir augmenter de plus du quart sa capacité d’accueil pour la faire passer de 6000 résidents, étudiants, jeunes chercheurs, jeunes artistes, à plus de 7 500, ce qui représente 6 à 7 maisons nouvelles, par rapport aux 40 actuelles. De nouveaux pays vont pouvoir s’installer sur notre site, comme il est actuellement envisagé, aux côté de l’Inde, du Japon et du Cambodge, par deux autres pays de l’Asie, la Corée du Sud et la Chine, et de nouveaux partenariats vont pouvoir être noués avec des universités et des centres de recherches de tous les pays intéressés du monde entier.

Il est pour nous extrêmement heureux et significatif que cette nouvelle étape commence avec l’Inde, pays à la position si originale, et unanimement respectée, dans le concert des nations, et qui de tous temps fascine les autres peuples, en premier lieu les Français, par ses traditions, sa culture, son histoire, son choix de la démocratie et aujourd’hui sa modernité. Que l’Inde, alors qu’elle a besoin de toutes ses forces pour faire face aux immenses défis auxquels elle est confrontée, décide d’accroître sa capacité d’accueil à la Cité, et manisfeste ainsi sa conviction de l’intêret pour ses étudiants de venir compléter leur formation universitaire en France et de participer à l’expérience unique de vivre ensemble à la Cité, sonne comme une reconnaisance et ne peut être qu’un signe éclatant pour tous les pays à la suivre.

Cette pose de la première pierre est hautement symbolique en troisième lieu en ce qu’elle témoigne de l’adhésion renouvelée de l’Inde à l’oeuvre de la Cité et aux idéaux que celle-ci incarne d’universalisme et de recherche de la paix. Ces idéaux ont été forgés, je le rappelle, au sortir de la Première Guerre mondiale, dans le contexte de formidable aspiration à la paix qui a marqué la fin de ce conflit si meurtrier. Les fondateurs de la Cité entendaient contribuer à cette utopie commune en faisant vivre ensemble ceux dont allaient dépendre selon eux le devenir du monde, les étudiants, les chercheurs, les artistes, venus de toutes les parties du monde, et en conviant tous les pays à s’associer à cet enjeu humaniste et à se doter de leur propre maison, riche de leur culture propre. Plus de vingt pays, parmi lesquels, après la Deuxième Guerre mondiale , l’inde, qui venait à peine de recouvrer son indépendance, répondront à cet appel.

Rien de plus naturel au demeurant que cette adhésion de l’Inde à l’œuvre de la Cité. Il y a une étroite parenté entre les idéaux et valeurs à l’origine de la Cité, et ceux de l’Inde et de ses grands esprits . Comment ne pas citer parmi ceux-ci, Vivekananda, ami de Romain Rolland, Rabindranath Tagore ou encore et toujours le Mahatma Ghandhi, tous porteurs de la profondeur de l’identité de l’Inde et en même temps esprits universels appartenant, par leurs messages de tolérance, d’appel au dialogue interculturel, de refus de la violence, à l’humanité tout entière, comme y tend l’œuvre de la Cité.

Oui l’Inde a toute sa place à la Cité. Ou plus exactement la Cité est inconcevable sans l’Inde.

Merci donc, Monsieur le secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères de l’Inde, pour cette maison et son extension. Merci pour la part déterminante que vous avez prise personnellement dans cette extension, lorsque vous étiez en poste ici. Cette extension constitue un des plus beaux témoignages de la richesse de votre passage en France. Merci, à travers vous, à l’Inde et au peuple indien, pour la générosité et la confiance dont ils ont faire preuve en construisant hier cette maison et en procédant aujourd’hui à son extension. Soyez assuré que nous mesurons le trésor précieux que représente pour nous cette maison de l’Inde au cœur de l’œuvre de paix, de compréhension mutuelle et de solidarité que constitue la Cité internationale universitaire de Paris.

Je voudrais enfin remercier tous ceux qui oeuvrent pour la réalisation de cette extension, notamment les équipes d’architecture et de maîtrise d’œuvre, les entreprises, mais aussi et surtout le passionné directeur de la Maison, Bikas Sanyal, grand universitaire, grand administrateur, qui sur ce chantier est à la fois l’assistant, le contrôleur et l’aiguillon de tous les intervenants, se démultipliant au point d’incarner ces divinités tutélaires de l’Inde, aux multiples bras et aux multiples têtes. je profite de l’occasion pour lui dire toute l’admiration, toute la confiance et toute l’amitié de la Cité.

Signature de la convention de partenariat entre le Crédit Agricole Ile de France – mécénat et la Cité internationale universitaire de Paris

Allocution de Marcel Pochard suite à la signature d’une convention de partenariat entre Crédit agricole Ile de France – Mécénat et la Cité pour rénover la Fondation DEUTSCH DE LA MEURTHE.
11/12/2012

Monsieur le président du Crédit agricole d’Ile de France,
Monsieur le directeur général adjoint du Crédit agricole d’Ile de France,
Madame la déléguée générale de la Fondation Pays de France,
Madame la déléguée générale,
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous dire déjà, Monsieur le président du Crédit agricole d’Ile de France, Monsieur le directeur général adjoint du Crédit agricole d’Ile de France, Madame la déléguée générale de la Fondation Pays de France, combien je suis heureux et en même temps ému, de vous accueillir à la Cité pour ce partenariat entre la Cité et Crédit agricole Ile de France – Mécénat. J’ai en effet baigné toute mon enfance et ma jeunesse dans un climat d’adhésion active au mutualisme et à la coopération dans le domaine agricole. Mon père, agriculteur dans le Haut Doubs, a été pendant toute sa vie professionnelle responsable de la coopérative fruitière agricole de production de comté de mon village natal ; coopérative qui était un vrai acteur économique, en collectant le lait de tous les adhérents et en fabriquant le comté, et qui était aussi garante de l’indépendance de chaque producteur. Il y a encore de telles coopératives dans tout le Haut Doubs et le Haut Jura ; elles s’appuient sur les caisses locales du crédit agricole mutuel, de même inspiration. Le mouvement coopératif et mutualiste est ainsi une marque de fabrique de toute cette région. Rien d’étonnant à ce que cette terre de Franche-Comté soit aussi le terreau du mouvement utopiste français, avec Fourier ou Considérant, et de la pensée fédéraliste avec Proudhon ; mouvement profondément humaniste, quelquefois qualifié de socialisme utopiste, mais, comme le disait Edgar Faure, moins utopiste et plus humaniste que le socialisme scientifique qui a produit les excès que l’on sait.

En disant cela je ne pense pas m’éloigner de l’objet de notre manifestation, car les valeurs de mutualisme, de mise en commun, et de solidarité, que je viens d’évoquer, et qui sont celles du crédit agricole mutuel sont aussi au cœur du projet de la Cité internationale universitaire de Paris. La Cité, chacun le sait ici, a été créée au lendemain de la Première guerre mondiale dans l’objectif de contribuer à la paix en faisant vivre ensemble les jeunes élites du monde entier, en les amenant à se comprendre et à devenir précisément plus solidaires. Cet objectif de paix, de mise en commun et de solidarité reste notre raison d’être, et nous n’entendons pas le perdre de vue dans le cadre de notre extension, loin de là. Et ce n’est pas un vain mot. Nous ne sommes pas un phalanstère à la Fourier, et nous ne cultivons pas la solidarité selon le père L’Enfantin, autre penseur utopiste, dont on se rappelle qu’il préconisait que tous les adhérents de sa pensée s’habillent avec des vêtements ne fermant que dans le dos de façon à créer une dépendance mutuelle. Nous recherchons l’échange et la solidarité par d’autres moyens, comme le brassage qui impose que toute maison comporte au moins 30% de résidents de nationalités autres que celle du pays concerné, comme les cuisines d’étage, lieux de convivialité par excellence, comme les « tertullias » qui réunissent les résidents de plusieurs maisons autour du de l’expérience scientifique ou artistique de l’un des leurs, ou comme les soirées Open Mic destinées à permettre à des résidents de se produire sur scène et de partager leur art avec d’autres…

Je suis donc particulièrement heureux du partenariat que nous allons amorcer aujourd’hui avec la participation du Crédit agricole Ile de France et de la Fondation Pays de France pour la réhabilitation du pavillon Pasteur de la Fondation Deutsch de la Meurthe. Ce pavillon nous est particulièrement cher. A de multiples titres :

– C’est le premier bâtiment de la Cité, la première concrétisation de son utopie ; la première pierre en a été posée en 1923, et l’inauguration a eu lieu en 1925.

– Il est le résultat d’un mécénat coup de cœur, celui d’Emile Deutsch de la Meurthe et de son épouse. Grand industriel, Emile Deutsch de le Meurthe a décidé d’affecter une partie de sa fortune à cette œuvre naissante de la Cité ; il en a été un des éléments déclencheurs majeurs.

– Ce pavillon a vu défiler de magnifiques grands anciens, comme Léopold Sédar Senghor, qui est resté toujours attaché à la Cité (voir ses propos : « à l’évocation de la Cité, tout un monde s’éveille… », Jean Paul Sartre, Raymond Barre, George Charpak, Henri de Montpezat. Notre président du comité de campagne, Patrick de Cambourg, à qui cette opération mécénat doit beaucoup, y a vécu trois ans, particulièrement bien remplies, en termes d’études bien sûr, si l’on en juge par ce qu’il nous en dit.

Ce pavillon Pasteur m’est également cher à titre personnel, car j’ai eu l’immense chance d’y séjourner pendant trois ans, la durée de mes études à Sciences po, avant l’entrée à l’Ena. Ce pavillon, c’est pour moi la bouffée d’oxygène, l’apprentissage de la liberté et de l’ouverture sur le monde, dont j’avais besoin. Le Haut Doubs que je n’avais pratiquement pas quitté avant mon arrivée à Paris, était et est toujours, bien que petite Sibérie par le climat, une région incomparable. Mais ce n’est pas l’endroit idéal pour la découverte du monde. Le pavillon Pasteur m’a offert tout ce que je pouvais souhaiter en ce sens.

Merci donc au Crédit agricole Ile de France et à la Fondation Pays de France d’avoir bien voulu nous accompagner dans la réhabilitation de ce pavillon Pasteur, dans la ligne de leur politique de soutien à la rénovation et de valorisation du patrimoine architectural de cette région, ainsi que d’accompagnement de jeunes talents. C’est une aide décisive, sans laquelle ce projet n’aurait pu être mené à bien. Nous mesurons le privilège qui nous est ainsi accordé. C’est pour la longue lignée de tous ceux, notamment mécènes, qui sont à l’origine de la Cité, puis l’ont portée de leur générosité, une marque de reconnaissance, dont nous leur savons le plus grand gré. Emile Deutsch de la Meurthe, originaire d’Alsace, disait en 1923, lors de la pose de la première pierre de sa fondation, « Aider la Cité, c’est aider la France », je dirai aujourd’hui « Aider la Cité, c’est contribuer à un monde de paix et de solidarité ».

Lancement de « Meet&Tweet – la Cité débat avec Mazars »

Propos d’ouverture de Marcel Pochard, Président de la Cité internationale universitaire de Paris.
05/04/2012

Mon propos pour l’ouverture de ce cycle de débat tiendra en quelques mots consacrés à trois objets :

Premier objet : vous dire que c’est avec impatience que nous attendions, à la Cité, le lancement de ce cycle, car nous y mettons beaucoup d’espoir et d’ambition.

L’œuvre de la Cité est une œuvre destinée à la rencontre, aux échanges, au débat. Il n’en manque pas d’occasions, depuis celles fournies par la vie de tous les jours, en particulier dans les cuisines d’étage, hauts lieux par excellence du partage, jusqu’aux multiples manifestations organisées dans les différentes maisons, plus de 1000 par an, comme en ce moment les colloques dues à l’initiative coordonnée de plusieurs maisons, sur la sauvegarde du patrimoine mondial. Avec ce cycle, nous entendons aller plus loin et faire de la Cité, de façon permanente, plus organisée et plus visible, un lieu de référence, reconnu comme tel dans les cercles de réflexion ou de décision, du débat sur les grands enjeux de société mondiaux actuels.

Notre force et notre atout pour réussir, c’est la richesse des résidents de la Cité, véritable échantillon ou condensé du monde étudiant, de jeunes chercheurs et de jeunes artistes de l’ensemble des pays de la planète, dans l’immense diversité de leurs nationalités (environ 130 sont représentées à la Cité), de leurs filières de formation, de leurs projets professionnels. Il n’existe probablement pas d’autre lieu au monde où puisse ainsi s’instaurer un dialogue entre de grands intervenants, comme ceux réunis ce soir, et pareil échantillon des forces vives de l’ensemble du monde.

Deuxième objet : insister sur la signification profonde, à nos yeux, de pareil cycle de débat. Il ne s’agit pas de se faire plaisir, mais de répondre à la finalité même de la cité, qui est de contribuer à la cause de la paix et de la compréhension entre les peuples. Nous entendons bien être fidèles à cette utopie.

C’est dire la multiplicité des thèmes susceptibles d’être abordés. Je pense en particulier aux enjeux si bien qualifiés par Ernst Jünger au soir de sa vie , lorsqu’il exprimait son pressentiment que « le XXIème siècle serait le siècle des Titans », au sens de ces demi dieux de l’Antiquité qui défiaient les dieux ; parmi ce Titans qu’il nous appartient de maîtriser, la prolifération des armes de destruction massive, les fanatismes de tous genres, les atteintes irréversibles à l’environnement, les potentialités vertigineuses de la manipulation scientifique du vivant, la criminalité organisée, sous toutes ses formes ; les inégalités de développement… Autant de bombes à retardement dont nous ne pouvons nous borner à écouter le tic-tac ; les jeunes générations représentées à la Cité, génération Y par définition, sont les premières parties prenantes. Les cycles de débat doivent les aider à réagir.

Troisième objet de mon propos : remercier ceux grâce auxquels ce cycle de débat peut être lancé. Je pense en premier lieu au groupe Mazars, groupe prestigieux au rayonnement international bien connu, et qui partage nos valeurs éthiques, qui en prend en charge le coût dans le cadre de son mécénat au bénéfice de la Cité, et qui a bien voulu mobiliser ses équipes pour en préciser les modalités et nous aider à enclencher le mouvement. Je ne saurais trop dire à Patrick de Cambourg, son président, combien son engagement personnel a été décisif et combien nous lui savons gré de ce coup de booster à un projet que nous peinions à concrétiser.

Mes remerciements vont aussi à l’association Women’Up, à la matière grise particulièrement effervescente et créatrice, qui a aidé à cadrer et animer le débat d’aujourd’hui.

Merci aussi aux équipes de la Cité, conduites par Marion Le Paul, directrice de la communication ; elles ont été une fois de plus parfaitement au rendez-vous, relevant un challenge difficile, en sachant réunir un grand nombre de participants et donner à ce cycle l’orientation et la qualité attendues.

Et merci à tous pour votre présence ; c’est elle qui est la clef du succès. J’espère que vous allez prendre goût à ce type de débat. Bonne soirée à tous.