La restauration du Collège néerlandais

Créé par l’architecte hollandais Willem Marinus Dudok, ce monument historique, classé en 2005, est à redécouvrir dans sa forme, ses matériaux et couleurs d’origine.

15/09/2016


par Pascale Dejean


© Paul Raftery
© Paul Raftery

Après restauration complète, le Collège néerlandais ouvre exceptionnellement ses portes au public à l’occasion des Journées du patrimoine.

Créé par l’architecte hollandais Willem Marinus Dudok, ce monument historique, classé en 2005, est à redécouvrir dans sa forme, ses matériaux et couleurs d’origine.


La restauration de cet édifice de 1938, emblématique du mouvement moderne, a mobilisé de nombreux spécialistes afin de restituer l’essence du projet de Dudok, tout en l’adaptant aux normes actuelles de confort et de sécurité. Si la réhabilitation s’est révélée longue et complexe, cette foisonnante étape du chantier a donné lieu à une véritable renaissance architecturale. Le bâtiment révèle aujourd’hui sa puissante modernité et se laisse appréhender dans son esthétique sobre et dépouillée, imprégnée de quelques références typiquement hollandaises.


L’équilibre formel de l’édifice souligné par la finesse des auvents-terrasses et des corniches, par la monochromie ocre-beige des façades et des châssis de fenêtres ou encore par les murs-jardinières, est de nouveau lisible, tel qu’il l’était à l’origine. A l’intérieur, la transparence restituée des auvents-terrasses baigne à nouveau le hall de sa lumière diffuse. Cette lumière, matière à part entière du projet de Dudok, a été restituée dans les étages grâce à la reconstitution des fins châssis en acier qui avaient disparu, remplacés dans les années 80 par des fenêtres en PVC. Les éléments mobiliers, partie intégrante du dessin d’origine, ont également été restaurés ou recréés comme les luminaires suspendus du grand salon. Dans les chambres, le mobilier fixe a été démonté lors du chantier et remis en place après restauration.


Luc Tricart, chargé de la restauration du mobilier, nous donne quelques précisions concernant les étapes de ce travail minutieux :

« Le mobilier a été restauré dans 110 chambres situées situées principalement dans les ailes nord et ouest. Les modalités de restauration ont été définies lors de l’étude de la chambre témoin, en tenant compte de l’analyse de toutes les chambres et de leurs pathologies et en prenant soin de repérer tous les éléments indépendants comme les petits bureaux. La restauration a aussi concerné le mobilier fixe – les lits, les grands bureaux et les bibliothèques – ainsi que tous les panneaux muraux intégrés au décor des chambres.
Notre travail a également consisté à remettre en fonctionnement les éléments mobiles en procédant au démontage des tiroirs, de leurs poignées ainsi que des serrures.

Certaines parties mobilières détériorées ont nécessité de procéder à la réincrustation d’une pièce de bois massif de même essence.
Quant aux boiseries trop dégradées, nous les avons déposées et replaquées en atelier.
Concernant les fonds de bibliothèque, deux options se sont présentées : soit les contre-plaqués  ont été fabriqués en atelier pour être fixés à l’intérieur des casiers, soit les fonds d’origine ont accueilli un nouveau contre-plaqué, identique à celui d’époque, positionné par-dessus l’ancien. Nous avons ainsi évité de déplacer les bibliothèques trop dégradées dont le démontage aurait pu entraîner des dommages irréversibles. Les étagères de ces bibliothèques étant en bois massif, elles ont été lessivées et légèrement raclées pour obtenir un nettoyage uniforme des bois avant de procéder à une correction de teinte à l’eau et à leur huilage.


Nous avons effectué la même opération pour les boiseries de lits. En effet, dans le cas de trop grandes dégradations, elles ont été démontées et replaquées sur les massifs et les structures arrières conservés. Elles ont ensuite subi une correction de teinte à l’eau et un huilage.


Quant aux parties supérieures des bureaux, elles ont été décapées, raclées et poncées car souvent très dégradées, bien qu’un certain nombre de traces comme des brûlures ou des tâches de gras profondes n’aient pu être récupérées. Nous avons constaté en atelier que les placages des portes n’avaient plus aucune résistance, sans doute en raison du vieillissement des collages ainsi que du surcroit d’humidité et de condensation due au chantier. Nous avons pris comme option de replaquer systématiquement les portes afin d’en garantir la bonne tenue dans le temps. La composition et la finition de ces placages respectent les pratiques de l’époque, c’est à dire les étapes de ponçage, brossage, avec une correction en teinte et un huilage.


Nous avons également restauré les tables du grand salon dessinées par Dudok, mobilier de prestige en frisage de Sycomore très blond. Conformément aux directives du comité scientifique, nous avons conservé le maximum de bois ancien.


Tous les éléments des parties communes ont été restitués pour retrouver l’atmosphère des années 30. »


L’atelier Luc Tricart vous invite à découvrir ce travail minutieux dans ses locaux lors des Journées du patrimoine, les  samedi 17 et dimanche 18 septembre, de 15h à 18h.

Découvrez le programme des Journées européennes du patrimoine à la Cité internationale.


Avant et après restauration

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© Atelier Tricart                                                                       © Paul Raftery