L’architecture certifiée, labellisée : quelles évolutions ?

 

Architecture et environnement : du premier choc pétrolier à la COP21.  

 

31/03/2016


par Pascale Dejean


© Passivhaus Institut/2006
© Passivhaus Institut/2006
Thermographie d’une maison passive au premier plan et d’une maison traditionnelle au fond



Exception faite de la Maison de la Région Île-de-France, révolutionnaire sur le plan énergétique, les nouvelles constructions à la Cité internationale répondent aux exigences prescrites dans le cadre de Paris plan climat. Compacité, performances thermiques et énergétiques sont prises en compte dans la conception même des projets, comme c’est le cas des futures Maison de la parcelle B et Maison de la Corée. Cette dernière est certifiée « Habitat & environnement » et affiche un niveau de performance élevé qui répond aux exigences du label Effinergie+ et du Plan climat de la ville de Paris sur le plan thermique. Certaines résidences intègrent une source d’énergie renouvelable comme le nouveau bâtiment de la Maison de l’Inde, réalisé en 2013, dont les 20 m2 de panneaux solaires assurent 35 % de la production d’eau chaude sanitaire. Le bois lamellé-collé, employé en structure dans la réalisation de ce bâtiment, présente de nombreux avantages sur le plan constructif. Son essence, l’épicéa, qui provient d’Autriche, est une ressource issue de la biomasse entièrement renouvelable.  



L’usage et l’amélioration du confort  


De tous temps, l’architecture a été influencée par les découvertes techniques et scientifiques ainsi que par le contexte économique et socio-culturel de son époque. Au XIXe siècle, le courant hygiéniste, en luttant contre les logements insalubres, révolutionne les fondements de l’architecture en imposant ses règles sanitaires. De nouvelles matières architecturales sont plébiscitées : lumière, air, soleil. Les architectes du mouvement moderne comme Le Corbusier s’emploieront à défendre un urbanisme et une architecture hygiénistes et fonctionnelles théorisés dans la Charte d’Athènes. Le confort d’usage ne cessera de s’améliorer au fil du temps, bénéficiant de nouvelles techniques toujours plus performantes. Mais l’architecture standardisée, qui trouve son apogée pendant les Trente glorieuses, fait abstraction de toute considération contextuelle. L’adaptation des édifices à leur milieu est pourtant un critère fondamental de l’architecture durable.

 


A partir des années 70 : le défi énergétique face aux crises pétrolières      


Ce n’est qu’à partir des années 70 et de ses deux crises pétrolières qu’émerge le concept d’habitat bioclimatique aux Etats-Unis. En France, face à l’augmentation des ressources fossiles, est adoptée la première règlementation thermique afin de réduire le coût énergétique des logements neufs de 25 %. Depuis 1974, les RT ou règlementations thermiques se succèdent, de plus en plus exigeantes pour réduire la consommation énergétique. La dernière en date, la RT2012, répond aux défis du Grenelle de l’environnement. C’est le Grenelle de l’environnement, créé en 2007, qui donnera lieu à deux lois-cadres : le Grenelle 1 en 2009 et le Grenelle 2 en 2010. Son objectif est de limiter la consommation d’énergie primaire des constructions neuves à un maximum de 50 kWhEP/m²/an en moyenne. Une distinction est à faire entre l’énergie finale (kWhEF), qui est la quantité d’énergie disponible pour l’utilisateur final, l’énergie primaire (kWhEP) représentant quant à elle la consommation nécessaire à la production de cette énergie finale. C’est le label BBC (bâtiment basse consommation) de 2007, créé par l’association Effinergie, qui a servi de référence pour l’élaboration de la RT2012. Cette règlementation a pour objectif de fixer une limite maximale à la consommation énergétique des bâtiments neufs pour le chauffage, la ventilation, la climatisation, la production d’eau chaude sanitaire et l’éclairage. Elle préconise notamment une conception bioclimatique (utiliser à son avantage le climat et l’environnement où est construit le logement), le renforcement de l’étanchéité à l’air, l’utilisation des énergies renouvelables et une isolation thermique renforcée.

 


Les années 80 : la lutte contre le réchauffement climatique  


A partir des années 80, une série d’évènements majeurs autour de l’écologie va bousculer progressivement la prise de conscience par le public des impacts du changement climatique. En 1987 est publié le Rapport Brundtland qui définit ainsi le développement durable : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». L’année suivante est créé le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui rend en 1990 le premier rapport alertant la communauté internationale sur les risques du réchauffement climatique et va rapidement mettre en lumière l’impact des activités humaines sur les changements climatiques. Le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la Charte d’Aalborg en 1994 ou le Protocole de Kyoto en 1997 sont autant d’étapes ayant contribué à inciter les gouvernements et à sensibiliser les citoyens à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les agendas 21 locaux constituent la traduction territorialisée de l’Agenda 21, programme d’actions pour le 21e siècle adopté par les 173 états présents lors du Sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro en 1992. 


Ainsi, depuis plus de vingt ans, les Conférences des parties (COP) permettent aux états de s’engager dans des processus de limitation.


La première répercussion sur l’architecture de la limitation des gaz à effet de serre est avant tout d’ordre énergétique. Les certifications, les labélisations et les normes ont pour ambition de diminuer l’empreinte énergétique des bâtiments car « De tous les secteurs économiques, celui du bâtiment est le plus gros consommateur d’énergie en France (42,5 % de l’énergie finale totale) et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre (GES)*


*
Réf ministère de l’Environnement, de l’énergie et de la mer



C’est dans cette période, entre 1991 et 1997, que l’ingénieur allemand Wolfgang Feist développe le concept de « Passive Haus » (Maison passive), qui repose sur 3 grands principes :

  • une très bonne isolation : pas de pont thermique, pas de fuite d’air au toit,
  • une étanchéité à toute épreuve : test d’infiltrométrie pour chasser les fuites d’air,
  • la VMC (ventilation mécanique contrôlée) double flux avec récupération de la chaleur sortante.


C’est également depuis cette période que certains architectes réalisent des maisons bioclimatiques en intégrant les énergies renouvelables.


La démarche HQE dans les années 90 : un premier référentiel de développement durable


En France, une initiative historique voit le jour : la démarche HQE (Haute Qualité environnementale), créée par une association d’architectes en 1996. Elle témoigne d’une préoccupation environnementale de plus en plus importante pour les constructions neuves, même si les dimensions sociales, culturelles et économiques, les trois autres piliers du développement durable, tarderont à être intégrés dans une approche renouvelée de l’architecture. Il faut attendre 2004 avant que cette démarche HQE soit certifiée. C’est la première fois qu’un référentiel de développement durable appliqué au bâtiment est mis en œuvre, avec 14 cibles à respecter en termes d’éco-construction (relations harmonieuses du bâtiment avec son environnement immédiat, choix intégré des produits, systèmes et procédés de construction, chantier à faible impact environnemental), d’éco-gestion (Gestion de l’énergie, de l’eau, des déchets d’activités, de maintenance, de pérennité des performances environnementales), de confort (hygrothermique, acoustique, visuel, olfactif), et de santé (Qualité sanitaire des espaces, de l’air, de l’eau).


La certification HQE est désormais présente dans 19 pays avec des référentiels qui répondent aux spécificités de chaque pays, prenant en compte le climat, la règlementation, les modes de construction, l’histoire et la culture locale. Face aux enjeux climatiques, cette démarche se veut respectueuse de l’environnement, intégrant la qualité de vie et la performance économique, à travers une gouvernance appropriée, qui peut être participative.


Prenant appui sur la démarche HQE, un organisme indépendant, Qualitel, lance en 2003 la certification « Habitat & environnement ». Pour l’obtenir, la construction doit satisfaire à au moins 6 thèmes environnementaux sur 7, impliquant des exigences minimales pour le thème non retenu :

  • Management environnemental de la construction (obligatoire)
  • Chantier propre
  • Énergie et réduction de l’effet de serre (obligatoire)
  • Filière constructive- choix des matériaux
  • Eau
  • Confort et santé
  • Gestes verts (obligatoire)

 

Depuis 2015, les certifications de Cerqual, notamment « Habitat & environnement », sont remplacées par NF Habitat et NF Habitat HQE, dans une logique de simplification. Qualité du cadre de vie, sobriété énergétique, respect de l’environnement, transition numérique et performance économique sont les thèmes essentiels pris en compte.

Ces certifications, qui sont des référentiels qualitatifs, se distinguent des labels, encadrés par le code de la consommation et délivrés par un « organisme certificateur » agréé par l’Etat.


De Paris à la France et à l’Europe : la nécessité d’agir

Face à l’urgence climatique, le Grenelle de l’environnement, lancé en 2007, aboutit à un projet de loi en 2008 dont la mise en application a été détaillée par une seconde loi en 2010 (Grenelle II). Dans le secteur de l’énergie, cette loi vise à appliquer la norme BBC Effinergie (bâtiment basse consommation) avec moins de 50 kWh/m2/an en énergie primaire à toutes les nouvelles constructions à la fin 2012. Mobilisées et responsabilisées par les lois Grenelle 1 et 2, selon leurs compétences respectives, les collectivités territoriales ont hérité de nouveaux outils comme le Plan climat énergie territorial (PCET).

Paris se dote de son premier Plan climat énergie en 2007 avec des objectifs en 2020 :

  • réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre du territoire,
  • réduire de 25 % la consommation énergétique du territoire,
  • et porter la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique du territoire à 25 %.

 

S’agissant des nouvelles constructions, les logements parisiens doivent ainsi respecter une consommation de 50 kWhep/m²/an, conformément au Grenelle.


En 2008, l’Europe s’engage sur le paquet énergie-climat, avec l’objectif 3 fois 20 pour 2020 :

  • réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre (par rapport aux niveaux de 1990),
  • amélioration de 20% de l’efficacité énergétique (par rapport aux projections pour 2020),
  • et une part de 20% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie de l’UE.

 

En janvier 2014, la Commission européenne présente une nouvelle série d’objectifs pour 2030 en matière de climat et d’énergie :

  • Au moins 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 (seul objectif contraignant),
  • 27% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique,
  • et au moins 27 % d’économie d’énergie.Avec l’adoption de la Loi relative à la Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV) de 2015, la France se dote d’un nouvel arsenal juridique. De nouveaux objectifs sont fixés, notamment le bâtiment à énergie positive en 2020. 

 


L’avenir du logement : des bâtiments à énergie positive


Mis en œuvre à l’initiative du maître d’ouvrage, deux nouveaux labels non réglementaires, c’est à dire non encadrés par les pouvoirs publics, font leur apparition pour les bâtiments neufs, plus contraignants : les labels effinergie+ dont la consommation doit être au maximum de 40 kWhep/m2/an et BEPOS-Effinergie 2013, un label expérimental destiné aux bâtiments à énergie positive, avec une modulation selon la localisation, l’altitude et l’organisation du bâti…


En 2012, afin de diminuer l’empreinte énergétique des bâtiments, entre en vigueur le label de Bâtiment Biosourcé, créé par l’Etat. Il concerne la qualité environnementale des bâtiments neufs, qui intègre une part significative de matériaux biosourcés dans leur construction, c’est-à-dire issus de la biomasse animale ou végétale (bois, chanvre, paille, laine de mouton ou plumes).

Il se dégage clairement une évolution de la France vers la production de logements à énergie positive, c’est-à-dire de bâtiments producteurs de l’énergie qu’ils consomment, comme en témoigne l’évolution progressive des nombreux labels et règlementations. En marge de cet effort constant pour limiter la consommation énergétique des bâtiments, la certification HQE reste une référence incontournable car il témoigne de réelles préoccupations et prises en compte écologiques, au-delà de la simple question thermique. Mais le seul volet technique pour parvenir à maximiser l’économie d’énergie sera-t-il suffisant, sans l’engagement des usagers et l’évolution de leurs comportements en faveur d’une éco-responsabilité ?   


A suivre dans les prochaines newsletters : la dimension environnementale de la Maison de la Région Île-de-France.