La Fondation Victor Lyon rouvre ses portes aux visiteurs

Après 18 mois d’importants travaux de rénovation, la Fondation Victor Lyon a terminé sa mutation.

31/01/2018


par Pascale Dejean


© Hervé Abbadie

La Fondation Victor Lyon accueille, depuis la rentrée 2017, 42 chercheurs internationaux et leurs familles après une réhabilitation lourde réalisée par la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) et financée par la Région Île-de-France et la Ville de Paris. Cette résidence, gérée par la Fondation nationale de la Cité internationale, a été totalement réhabilitée et réorganisée afin de proposer des logements adaptés aux chercheurs internationaux. La maîtrise d’ouvrage a été confiée à la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP). Elle a été conduite par aasb – agence d’architecture suzelbrout et RRC architectes Paul Ravaux.
Ces deux agences ont dû tenir compte de l’identité de cette maison, qui, avant leur intervention, accueillait prioritairement des étudiants.


Dans le paysage architectural de la Cité internationale universitaire de Paris, la Fondation Victor Lyon est singulière pour trois raisons. Elle entretient avec le Musée du Louvre un lien étroit que l’on doit à l’homme d’affaires Victor Lyon. Il finança intégralement la construction de cette maison en 1950 à hauteur de 100 millions de francs et une dizaine d’années plus tard, il légua au Musée du Louvre des toiles de maîtres, dont des œuvres de Claude Monet, Edgar Degas, Paul Cézanne ou Auguste Renoir. La seconde exception historique de cette maison tient à sa date d’achèvement en 1950. C’est elle qui inaugure la seconde phase de construction après la seconde guerre mondiale. Enfin, c’est Lucien Bechmann lui-même qui est chargé de ce projet, 25 ans après la Fondation Deutsch de la Meurthe, qui elle-même inaugurait la première phase de construction. Comment ne pas être saisi par l’écart esthétique de ces deux maisons ? Bien que les deux réalisations aient en commun l’utilisation mixte de la brique et de la pierre, et alors que la première, par ses emprunts au style médiéval, fait référence aux collèges anglais d’outre-Manche, la seconde, ouvre la voie au modernisme, par sa volumétrie et son dépouillement. Parmi les prescriptions de l’époque figurait le nombre minimum de 100 chambres pour les nouvelles constructions. La Fondation Victor Lyon en comportera 109 à son ouverture en juin 1950.


Aujourd’hui, cette maison appartient bien à deux époques. Son extension au sud, qui abrite un auditorium de 117 places, bien que parfaitement intégrée dans la volumétrie initiale, se distingue par son esthétique contemporaine. Quelles interprétations programmatiques et quelles interventions formelles Suzel Brout et Pierre Ravaux ont-ils proposées dans le cadre de cette restructuration ?


© Hervé Abbadie

© Hervé Abbadie

 


INTERVIEW DE SUZEL BROUT


Pour quelles raisons ce projet a-t-il donné lieu à une maîtrise d’œuvre associant deux agences, la vôtre et celle de Paul Ravaux ?


Le projet traite à la fois  d’une restructuration lourde d’un bâtiment existant  avec restauration de façades, de l’organisation des logements pour chercheurs internationaux  et de la création d’une salle de conférence. Nous avons donc associé nos compétences : celles de RCCA en restructuration/restauration  de  bâtiments à forte valeur patrimoniale et les miennes en projets de logements pour étudiants, chercheurs, jeunes travailleurs… Ainsi notre candidature proposait à la RIVP une équipe plurielle, couvrant les différents domaines du projet.


Si je ne me trompe pas, vous avez été en charge de la conception. Quel était le programme précis et avez-vous pris des libertés particulières pour y répondre ? Le cas échéant, pourquoi ?


Pendant les études, aasb a été en charge de la  conception et de  la mise en place du programme,  RCCA du traitement et des interventions sur le bâtiment de Bechmann.
La RIVP avait commandé une faisabilité avant le lancement de la consultation, aussi le programme était calé sur la capacité du bâtiment: 39 logements du T1 au T5. La manière de mettre en place  ce programme et  l’implantation de  la salle de conférence laissaient par contre une liberté de conception.
Nous avons choisi de demi- enterrer la salle de conférence  » entre les ailes » du bâtiment et de la rendre autonome de la maison des chercheurs. Pour l’organisation des logements, nous avons créé un nouvel escalier de manière à neutraliser les longs couloirs et offrir des logements traversant.


Bien que partiellement enterrée, la salle de conférences donne une autre vision du bâtiment côté parc, au sud.  Comment avez-vous abordé cette extension sur le plan fonctionnel et esthétique ?


Il y avait deux  enjeux presque contradictoires :
–  donner une visibilité de la salle dans le parc de la Cité internationale et l’ouvrir au public
–  conserver, pour le salon / bibliothèque en mi niveau qui s’ouvre entre les ailes, la vue du parc avec une terrasse.
Pour rester dans un fonctionnement peu contraignant par rapport à la règlementation incendie, la salle ne pouvait  pas être enterrée de plus de 1 m. 
Ces données ont déterminé  le gabarit et le volume final  de la salle: avec une toiture végétalisée en  continuité du parc et une façade translucide qui fonctionne comme une lanterne le soir.


Vous souvenez-vous de votre première visite du bâtiment ? Comment avez-vous apprécié le travail de Bechmann, quels aspects en particulier ont retenu votre attention ?


Ce qui est remarquable, c’est la Cité internationale même : son parc, la faible densité construite et la qualité du rapport entre le paysage et les bâtiments. C’est un lieu rare : une » hétérotopie ».
Dans ce territoire particulier, j’ai apprécié  la construction épurée et de bonne facture de Bechmann. La brique et les encadrements travaillés  des fenêtres, le soubassement en béton procurent une stabilité et une intemporalité au bâtiment.  Inversement,  les aménagements intérieurs et les équipements techniques et sanitaires étaient très vieillissants et ne répondaient plus aux attentes de confort.  Mais il était facile de se projeter dans un futur : le bâtiment porte en lui-même les possibilités de sa mutation.
C’était  très motivant de travailler avec cette  » matière » déjà là.


Quel niveau de confort avez-vous apporté ?


L’intérieur a été entièrement vidé et  toutes les installations techniques ont été remplacées.
Les exigences de confort données par la RIVP étaient hautes : les logements devaient accueillir des chercheurs internationaux et leurs familles. La nouvelle  distribution a permis de rendre tous les appartements (hormis les T1 et quelques T2) traversant.  Les appartements sont thermiquement et acoustiquement conformes  et entièrement équipés et meublés. Ils offrent de grandes pièces de vie. Un certain nombre de services sont mutualisés : la buanderie, la bagagerie, une salle de jeux familiale et le très beau salon/bibliothèque des chercheurs, avec la peinture originale de  Jean Dries qui a été conservée. Mais les qualités premières de ces logements sont la lumière et les vues sur le parc depuis les larges  ouvertures conçues par Bechmann.


Quels sont les espaces qui seront ouverts au public ?


L’auditorium et son foyer fonctionnent de manière autonome. On y trouve un vestiaire, un bar et des gradins, pour se rencontrer, attendre et discuter  en marge des conférences/projections/expositions…


Comment avez-vous géré la séparation des flux entre les résidents et le public ?


L’entrée principale du bâtiment, au nord, avec sa porte vitrée d’origine, donne accès à la partie privative de la résidence : logements et espaces communs, bureaux et  salon / bibliothèque.
A l’est, on trouve l’accès au foyer et à l’auditorium pour le public.
Un escalier privé  » secret » s’ouvre dans le salon / bibliothèque et permet d’accéder au foyer, à la loge, puis à la salle.
Ainsi les chercheurs peuvent recevoir et organiser des réceptions avec leurs invités et/ou conférenciers en liaison intérieure avec la salle.

© Hervé Abbadie

© Hervé Abbadie


INTERVIEW DE PAUL RAVAUX


Vous avez pris en charge l’exécution, c’est bien cela ?


Dans la cadre de la répartition de tâches, l’agence RRC architectes, mandataire de la maîtrise d’œuvre,  a effectivement assuré la mission d’exécution.


Même question qu’à Suzel Brout : quel regard portez-vous sur cette réalisation de Bechmann, notamment sur le plan constructif ?


Il faut déjà replacer l’œuvre de Bechmann dans son ensemble et dans la chronologie de son œuvre architecturale. La Fondation Deutsch de la Meurthe fut sa première œuvre dans un style « régionaliste » inspiré des collèges anglais, au milieu de sa carrière. Il réalisa également les pavillons d’entrée de la Cité internationale, de facture assez classique, et dessina les premiers projets de la Maison internationale, répondant au goût de John D. Rockefeller, le commanditaire, pour la grande architecture française. Enfin, la Fondation Victor Lyon fut la dernière œuvre de sa vie.
Son positionnement dans l’histoire architecturale de la Cité constitue une manière de point de basculement. Bechmann associe architecture traditionnelle et architecture moderne dans un ensemble épuré. Il éprouve encore le besoin de revêtir les éléments saillants de son architecture par de la pierre, alors que dans le même temps, il réalise le soubassement en béton blanc apparent et des encadrements de baies en béton préfabriqué poli de dimensions conséquentes, pour lesquels il recherche une similitude de couleur avec la pierre. Les murs en briques porteuses sont toutefois réalisés avec des joints verticaux colorés, pour souligner une certaine modernité des joints horizontaux. On peut toutefois remarquer que l’architecture de briques horizontales et d’encadrements en béton était relativement courante à cette époque. C’est davantage la mise en œuvre de tous ces éléments qui nous rappelle l’attrait de Bechmann pour les nouvelles techniques de construction qu’il a pu étudier aux Etats-Unis.


Avez-vous dû gérer des imprévus sur le chantier ?


Nous avons eu relativement peu de surprises dans le cadre du chantier, en dehors de la stabilité au feu de certaines parties structurelles du bâtiment, qui se sont avérées un peu juste par rapport à la réglementation actuelle.


Le rez-de-chaussée a été particulièrement modifié. L’extension côté parc au sud est bien sûr l’élément le plus visible mais les autres façades ont également subi des modifications ? Lesquelles et pour quelles raisons ?


Le rez-de-chaussée a été très peu modifié, du fait des éléments de fonctionnement propre à l’immeuble : hall d’entrée et accès aux étages, mais également la grande salle donnant sur le parc qui devient le salon / bibliothèque dans la même configuration. Cependant celui-ci bénéficie d’une terrasse végétalisée et partiellement accessible, de plain-pied avec le salon, offrant ainsi un dégagement extérieur direct. Dans les étages, la modification principale consiste dans la suppression de la circulation reliant les deux ailes pour permettre la réalisation de logements traversant et par voie de conséquence la réduction au maximum des circulations au profit des surfaces habitables.
Le rez-de-jardin par contre à fait l’objet d’une refonte totale due à la création de l’auditorium. La salle elle-même est créée de toute pièce dans le vide du U créé par les ailes en retour du corps principal. Un travail d’approfondissement a dû être effectué pour retrouver un volume suffisant pour répondre à la fonction d’auditorium, sans faire écran devant le salon / bibliothèque du rez-de-chaussée, tout en créant une certaine intimité pour les utilisateurs.
Evidement dans le cadre de la restructuration, toutes les menuiseries ont été remplacées, en conformité avec le Plan Climat de la Ville de Paris et le label BBC Effinergie Rénovation.


Les aspects thermiques sont aussi importants en termes de réhabilitation que de construction neuve. Sont-ils plus complexes à mettre en œuvre ?


Le traitement thermique des bâtiments anciens n’est fondamentalement pas plus complexe que pour une construction neuve, les techniques de construction étant plus ou moins les mêmes. Il y a toutefois du fait que le gros œuvre et l’habillage de façades sont préexistants, il n’est pas toujours possible de de s’affranchir de certaines contraintes de ponts thermiques par exemple. C’est pour cela que le projet a été étudié pour répondre au Plan Climat Paris réhabilitation.


Quels sont les objectifs à atteindre pour obtenir le label BBC Effinergie rénovation et la certification Patrimoine, Habitat et environnement et pourquoi le millésime 2011 ?


La certification PH&E prend en compte la qualité de l’enveloppe et des parties communes, le confort et la performance des logements, la sécurité incendie et la santé des occupants. Le millésime 2011 permet de valoriser la performance énergétique de la rénovation au travers du label BBC Effinergie rénovation. L’objectif visé était également le Plan Climat de la Ville de Paris pour les réhabilitations avec une consommation d’énergie primaire inférieure à 80 kWhep/m²/an pour l’ensemble du bâtiment (réhabilitation + extension).
Pour atteindre ces objectifs, les travaux réalisés ont en partie porté sur : l’isolation des planchers, l’isolation des murs intérieurs, l’isolation des toitures terrasses, le remplacement des menuiseries PVC par des menuiseries en aluminium à rupture de pont thermique, le remplacement des équipements de chauffage, d’ECS, de refroidissement et de ventilation (simple flux pour les logements, double flux pour le hall et la salle de conférence). Concernant le chauffage, le bâtiment est dorénavant raccordé au réseau de chauffage urbain.

© Hervé Abbadie

© Hervé Abbadie



Comment définiriez-vous l’architecture de la Fondation Victor Lyon après votre intervention ?


Je ne pense pas que Lucien Bechmann désavouerait cette restauration. Nous sommes restés très proche du bâtiment d’origine et l’extension lovée dans le creux du bâtiment et en partie encaissée ne retire en rien le caractère général de l’ensemble. De même la discrétion de cette extension vitrée opalescente avec sa couverture végétalisée, préserve l’authenticité de l’œuvre de Bechmann, tout en offrant une nouvelle vie au bâtiment.


Vous avez choisi un drapeau orange ; pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?


Il y a des choses qui ne trouvent leur explication que dans l’inconscient. N’ayant que des images monochromes de l’œuvre de Bechmann, nous ne connaissions pas la couleur du drapeau, qu’il avait posé comme un étendard à la proue de la Fondation. Dans le concours, nous avons opté pour un orange. Cette couleur a trouvé toute sa justification à travers le travail de l’artiste Sabrina Issa réalisé en 2003 avec son « drapeau mondial moyen ». Quel meilleur choix pouvait-on faire pour remplacer de drapeau à la couleur inconnue de Bechmann. Ainsi nous avons réalisé notre intention première avec la meilleure justification pour la Cité internationale qui accueille des étudiants de 140 pays sur les 197 reconnus. La Fondation Victor Lyon est fière de représenter la réunion de cette diversité.

Télécharger le communiqué de presse / le dossier de presse

PROGRAMME :
39 logements chercheurs : 17 T1 ; 8 T2 ; 7 T3 ; 6 T4 et 1 T5
1 hall d’accueil avec bureau
1 bureau administratif
1 salon / bibliothèque 103 m²
1 auditorium de 117 places + foyer 80 m² + office-bar
1 bagagerie
1 lingerie
1 laverie
1 local vélos et poussettes
1 espace détente
Locaux de stockage
Locaux d’entretien