Festival « Jardins du monde en mouvement »

Du Brésil à l’Inde, en passant par le Japon, l’Asie du Sud-Est et Monaco, cinq jardins du monde dialoguent avec les architectures emblématiques de la Cité internationale universitaire de Paris.

10/04/2018


par Pascale Dejean


Les projets lauréats de cette deuxième édition du festival « Jardins du monde en mouvement »

Du Brésil à l’Inde, en passant par le Japon, l’Asie du Sud-Est et Monaco, cinq jardins du monde dialoguent avec les architectures emblématiques de la Cité internationale universitaire de Paris.

Le printemps vous invite à un voyage original, à la découverte des créations éphémères imaginées par de jeunes paysagistes et architectes. Grâce au mécénat de la Caisse des Dépôts, cette seconde édition du festival « Jardins du monde en mouvement » permet à la Cité internationale de révéler l’imaginaire foisonnant de ces créateurs aux univers si différents. A la Maison du Brésil, le paysage revisite le plan libre de Le Corbusier, l’un des cinq points de l’architecture moderne, pour donner libre cours à une étonnante suspension végétale. Aux abords de la Maison de l’Inde, un peuple minuscule et mystérieux a colonisé le jardin et érigé sept totems dressés en l’honneur des forces silencieuses de la nature. Dans le jardin de la Maison du Japon, les kokedamas composent avec les cerisiers presque centenaires une mélodie aux tonalités changeantes, modulées par le rythme des saisons. A la Fondation de Monaco, un banc de poissons nage en lévitation au-dessus de la mer Méditerranée, rappelant que la biodiversité de ce milieu naturel, si chère à la Principauté, est fragile. Et à la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est, un virus de sel nous alerte sur la contamination des terres arables du Delta du Mékong par des eaux salines, qui impacte la culture traditionnelle du riz.

 

Jardins du monde en mouvement-projet Plan(t) libre ? de Cendrine Lassalle

Plan(t) libre ?
ou les racines de l’espace-temps
Cendrine Lassalle
Maison du Brésil

 

Co-concepteur de la Maison du Brésil avec Lucio Costa, c’est à l’architecte Le Corbusier que l’on doit la définition du « plan libre » comme l’un des principes d’une architecture moderne.
Ce fameux plan repose sur des poteaux, libérant ainsi les espaces de la contrainte de façades et murs porteurs.
Oui, mais… A l’image des plantations enracinées dans un jardin, le célèbre plan libre l’est-il vraiment du haut de son perchoir ? La liberté de chaque chose et de chacun n’est-elle pas relative ? Du moins, elle compose inexorablement avec la gravité et l’altération du temps.

Que pèse l’histoire d’un arbre ou celle d’un monument ?

En continuité de la toiture-jardin, une trame se répand sur la cour de la Maison du Brésil, ouverte sur le parc.
Au gré d’on-ne-sait quel voyage, un jeune arbre semble avoir atterri au beau milieu de ce filet. Fait-il un pied de nez à ses voisins enracinés à deux pas ? Aurait-il pris racine dans les mailles du ciel ? Quoi qu’il en soit, il creuse cette trame, comme la masse d’un corps déforme l’espace-temps et engendre la gravitation.

Considérés comme rebuts, les principaux matériaux qui constituent cette intervention se rencontrent pour entamer une seconde vie.
Avant d’être réunis, le filet a vogué de chantier en chantier pour assurer la sécurité de couvreurs, tandis que le frêne a veillé sur quelques milliers d’âmes au cimetière Montparnasse. Tous deux s’associent transitoirement pour proposer une nouvelle lecture de cette architecture, elle-même témoin d’une rencontre franco-brésilienne.

 

Originaire de Bretagne, Cendrine Lassalle est designer et diplômée d’architecture (Habilitée à la Maîtrise d’Œuvre en son Nom Propre).
Polymorphes, ses recherches plastiques visent à décloisonner les domaines et interroger les liens entre vivants et objets naturels ou construits.
Pour le festival des Tombées de la Nuit 2011 à Rennes, elle crée une installation plastique lumineuse qui invite le spectateur à la mettre en mouvement.
En 2013, elle assiste Daniel Buren à la création l’œuvre Déviation en Centre Bretagne.
Elle collabore avec l’agence Construire (Patrick Bouchain – Loïc Julienne) et avec Nicole Concordet de 2014 à 2017.
Depuis 2015, Cendrine Lassalle est également chorégraphe et interprète. Elle a également réalisé une série de performances hebdomadaires sur un chantier, durant la réhabilitation d’un lieu culturel. Une étape de ce travail a été présentée sous forme de vidéos mises en espace au pavillon de l’Arsenal à Paris et à Arc en rêve à Bordeaux dans le cadre de l’exposition l’Espace du débat.

 

Jardins du monde en mouvement-projet Les sept totems des Logs de Victor Yvin

Les sept totems des Logs
Victor Yvin
Maison de l’Inde

 

Un peuple minuscule et mystérieux a colonisé les alentours de la Maison de l’Inde. Il a érigé, dans la plus grande discrétion, sept totems dressés en l’honneur des forces silencieuses de la nature. Les Logs avaient depuis longtemps rompu tous liens avec l’humanité, préférant se tenir tranquillement à l’écart. Ils reviennent aujourd’hui avec la ferme intention de retisser les liens qui existaient jadis entre les êtres et les choses.
Ces totems révèlent les énergies en présence, les rendent sensibles. Ce sont des instruments poétiques de captation des flux du monde naturel, qui s’inspirent d’instruments des observatoires Jantar Mantar de Jaïpur ou de New Delhi, construits au XVIIIe siècle par les Maharadjas pour étudier le cosmos et les astres.
Ainsi, chaque totem représente un élément essentiel du monde vivant : le ciel, le vent, le soleil, la pluie, le végétal, l’oiseau et l’insecte. Chaque totem possède un nom, inscrit à sa base dans l’alphabet hindi familier des Logs. Chaque totem possède un emplacement minutieusement choisi dans l’environnement de la Maison de l’Inde afin que les Logs puissent communiquer entre eux par signaux une fois la nuit tombée. Au pied de chaque totem pousse le cosmos rouge, la fleur sacrée des Logs.

 

Victor Yvin est diplômé de l’ENSA Nantes depuis 2017. Tout au long de son parcours, il n’a cessé d’essayer d’élargir son regard d’architecte. Son travail, entre imaginaire et sensation, est interdisciplinaire. Son projet de fin d’études est lauréat d’un appel à projets pour un musée itinérant de l’art rupestre. Cette distinction lui vaut une invitation pour une résidence de trois mois à Los Angeles, en Californie, pendant laquelle il bâtit à échelle 1:1 un prototype multimédia d’une « machine à sensations », destinée à promouvoir l’art rupestre dans le monde. Ce musée mobile, actuellement en développement, voyagera à partir de 2020 à travers cinq continents. Ses techniques de production croisent menuiserie traditionnelle et outils de fabrication numérique et sont appliquées pour la réalisation des Sept Totems des Logs.

 

Jardins du monde en mouvement-projet Le jardin en suspens de Fab-Land

Le jardin en suspens
Fab-Land
Maison du Japon

 

Dans ce jardin japonais, des kokedamas fleurissent entre les cerisiers. Ce décor floral puise ses racines dans les techniques végétales traditionnelles. Les kokedamas sont suspendus à des hauteurs différentes en fonction de l’architecture des plantations. Ce cabinet de curiosité est ainsi composé de végétaux de hauteur, taille, et aspect variables, à la silhouette parfois tordue ou capricieuse, privilégiant une esthétique du non conforme.
La technique du kokedama consiste à envelopper la motte racinaire d’une plante par un mélange de substrats recouvert de mousse, puis à suspendre l’ensemble par un câble. Le savoir-faire du kokedama se distingue d’autres arts du paysage japonais par sa durabilité et sa facilité de mise en œuvre, contrairement à l’ikebana qui utilise des végétaux coupés, ou encore au bonsaï qui requière des années de patience.
La sélection de végétaux est de provenance et/ou s’inspire des formes de l’art du jardin japonais. Les floraisons de l’azalée, de l’anémone et de la spirée s’harmonisent avec les tonalités jaunes, vertes et pourpres des feuillages de l’aucuba, du fusain et du cornouiller. Les touffes de graminées apportent à la composition foisonnement et luxuriance.

 

Céline Baumann est designer d’espace et paysagiste DPLG, diplômée de l’ENSAAMA Olivier de Serres en 2006, et de l’ENSP Versailles en 2010. Elle collabore avec les agences de renommée internationale Inside-Outside/Petra Blaisse à Amsterdam et Topotek 1 à Berlin, avant de fonder Fab-Land, studio de paysagisme contemporain, à Bâle en 2017. Ses projets visent à la création d’espaces ouverts, dynamiques et vivants, s’appuyant sur la complémentarité du discours entre nature et culture.
Son travail a été récompensé par le Prix de l’Art Urbain à Paris en 2010, par Michel Desvigne au Luxembourg en 2013, ainsi que  par la prestigieuse Académie Solitude à Stuttgart, dont les membres du Jury Rahul Mehrotra et Kaiwan Mehta lui ont accordé une bourse de résidence qui se déroulera en 2019-2020.

 

Jardins du monde en mouvement-projet Voyage méditerranéen de LIEUX 10

Voyage méditerranéen
LIEUX 10
Fondation de Monaco

 

La mer Méditerranée est un élément fondateur des paysages monégasques.
Au-delà de reconstituer une réalité géographique entre la Fondation de Monaco et la grande bleue, « Voyage Méditerranéen » est une expérience sensible qui interroge l’impact de l’homme sur son environnement. Le maintien de l’écosystème méditerranéen dépend de la préservation des ressources marines, ou les bancs de poissons ne seront bientôt plus qu’un mirage.
De grande ampleur, cette œuvre occupe une pelouse située à l’Ouest de la Fondation de Monaco, en continuité avec le jardin des résidents.
Esthétiquement, elle s’appréhende tout en contrastes. En effet, la légèreté de l’œuvre s’oppose au caractère massif de la façade ; les courbes végétales à la régularité et à la minéralité de l’architecture. Ainsi, un dialogue poétique s’établi entre la pierre, le paysage éphémère et le visiteur.

 

Abel FLOSI est originaire de Marseille. Il est paysagiste DPLG depuis 2016. Dès l’enfance, il se passionne pour les arts plastiques, la botanique et les jardins. En 2002, il suit un enseignement artistique pendant sept ans. Puis il poursuit des études agricoles pour devenir paysagiste. Après l’obtention d’un Baccalauréat agricole à Marseille, puis d’un BTS en aménagement paysager à Antibes, il entre à l’ENSAP Bordeaux. Un échange avec l’Université d’architecture de Hanoï complète sa formation. Portant une grande attention au contexte, il se voit autant créateur de forme paysagère que « révélateur » d’environnement.

Johanna BONELLA est originaire de Cannes. Elle devient paysagiste DPLG en 2016. Le contact direct avec les paysages provençaux fait naitre chez elle une réelle passion pour la nature et les jardins. Dès 14 ans, elle se forme chaque été auprès d’entreprises d’espaces verts. Après l’obtention d’un BTS en aménagement paysager à Antibes, elle entre à l’ENSAP Bordeaux. Un échange avec l’Université d’architecture et de paysage de Leeds enrichit sa formation. Aujourd’hui, elle préfère l’intervention juste, en empathie avec les dynamiques territoriales, qu’elle conjugue avec le souci d’améliorer le cadre de vie des habitants.

En 2016, Abel et Johanna créent l’atelier de paysage Lieux 10 à MARSEILLE. Dès lors, ils répondent à des appels d’offre, des concours et collaborent régulièrement avec des architectes et des paysagistes. L’année dernière, ils participaient à la première édition du festival Jardin du monde en mouvement avec l’installation « Mille et une paroles ».

 

Jardins du monde en mouvement-projet Le virus de sel du Collectif Atisô / Atelier Patus / LJ-Asia

Le virus de sel
Collectif Atisô / Atelier Patus / LJ-Asia
Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est

 

Le Vietnam est touché de plein fouet par un phénomène mal connu : l’intrusion d’eau salée dans les terres arables du delta du Mékong. Le sel se propage partout et brûle les champs de riz. Les habitants du plus gros grenier à riz du pays ont du mal à faire face. La cause ? L’affaissement des berges du bas plateau par manque d’alluvions circulant – dû aux barrages et à la disparition des mangroves. Des facteurs qui, couplés à la montée générale des eaux, provoque cette intrusion de sel dans les nappes. Et voilà le delta qui boit la tasse.
C’est dans la cour de la maison indochinoise que le virus de sel trône. Il est le résultat de l’agglutinement de nasses de pêche tressées en bambou, matériau traditionnel de l’Asie et ressource renouvelable. Tout autour, le jardin prend des airs de résistance. Armés de leur smartphone, les visiteurs pourront « flasher » pour découvrir les plantes halophiles disséminées dans ce jardin expérimental – proposées comme palette végétale alternative à la culture du riz.

 

Agnès Balaran est originaire d’Albi. Après sa formation à l’ENSAP Bordeaux, des expériences en CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement) et collectivités, elle crée l’Atelier Patus en 2016 où elle exerce comme paysagiste concepteur. Agricultrice en projets d’installation, elle a développé une forte sensibilité au développement des territoires ruraux via les ressources présentes et potentielles. Ses principales préoccupations concernent la protection de l’environnement, la co-construction avec habitants et acteurs des territoires ainsi que la création de paysages utiles.

 

Elodie Bétard est paysagiste DPLG, diplômée de l’ENSAP Bordeaux en 2015. Profil scientifique de par son cursus en biologie, elle tente de marier autant que possible données techniques et sensibilité graphique. Elle se nourrit de voyages et d’échanges culturels notamment lorsqu’elle part étudier un an à l’Université d’Architecture d’Hanoi (Vietnam). En 2016, elle s’installe à Ho Chi Minh Ville pour travailler au sein d’une agence de paysage internationale LJ-Asia – spécialisée en maitrise d’œuvre pour des projets d’hôtels, villas, parcs résidentiels, espaces publics – où elle exerce actuellement le métier de paysagiste concepteur.

 

Agnès et Elodie viennent de fonder le collectif Atisô pour pouvoir répondre ensemble et d’une seule voix à des projets d’installation de land art, de jardins éphémères et de façon générale, de porter un regard et des réflexions communes sur le paysage en Europe et en Asie.

 

INFOS PRATIQUES
Du 16 mai au 4 novembre
De 8h à 22h

 

VISITES GUIDEES : de 15h à 17h
Dimanche 16 septembre / Journées du patrimoine
Dimanche 23 septembre / Fête des jardins
Dimanche 30 septembre / Jardins ouverts en Île-de-France

 

En écho à son rôle d’aménageur de l’espace public, le groupe Caisse des Dépôts soutient la jeune création architecturale et paysagère.
Ce projet bénéficie du soutien du mécénat de la Caisse des Dépôts.