Université de la Paix 2017 : « La recherche européenne au service de la paix »

Carlos MOEDAS, Commissaire européen à la recherche, à la science et à l’innovation, était l’invité d’honneur de l’édition 2017 de l’Université de la Paix. Le Commissaire a donné une conférence jeudi 23 mars sur « La recherche européenne au service de la paix», modérée par Arthur Perini*, résident.

06/04/2017


par Oana Besnea


 

« Dans le monde d’aujourd’hui, les frontières physiques ne font plus beaucoup de sens »

Comment diffuser une politique de recherche ouverte au service de la paix, à une époque où l’Union Européenne voit ses Etats membres se tourner vers le protectionnisme national ? Carlos Moedas a exposé sa vision au public, essentiellement composé d’étudiants, de chercheurs et de directeurs de maisons.

 

Avant tout, Carlos Moedas a attiré l’attention sur l’obsolescence du concept de souveraineté nationale qui se fonde sur les frontières physiques. Ce concept qui trouve son origine dans la période post-westphalienne, repose sur des droits tels que collecter des impôts, déclarer la guerre ou encore imprimer de l’argent : « Cela faisait énormément de sens dans ce monde-là. Mais dans le monde d’aujourd’hui, les frontières physiques ne font plus beaucoup de sens. »

 

Aujourd’hui, la souveraineté relève plutôt de la capacité d’un État à répondre aux besoins de ses citoyens en matière de sécurité, de santé publique, de capacité à financer les enseignants, etc. Ce changement, que le Commissaire européen qualifie d’ « extraordinaire », de « profond », est celui du droit des Etats qui se transforme en obligation envers leurs citoyens : « La souveraineté aujourd’hui, c’est l’obligation que j’ai vis-à-vis de l’autre. Si un pays voisin m’attaque au niveau de la cybersécurité, quelle est l’obligation que j’ai vis-à-vis de mes citoyens et vis-à-vis des autres [pays] ? »

 

« Les vraies frontières aujourd’hui sont définies par notre connectivité »

Carlos Moedas a rappelé les limites du populisme : un système fermé qui ne saurait exister dans un monde numérique : « Les vraies frontières aujourd’hui sont définies par notre connectivité. La connectivité, c’est la nouvelle façon de s’organiser dans une société, c’est la nouvelle souveraineté. Les populistes vont s’autodétruire car le monde ne permettra pas cette fermeture. »

 

Selon lui, le résultat du protectionnisme n’est pas une discussion idéologique, c’est une réalité : « Quand on voit le résultat du protectionnisme en Europe : Première Guerre mondiale, le PIB de l’Europe a baissé de 14% ; Deuxième Guerre mondiale, le PIB de l’Europe a diminué de 22% […] Si on ferme les frontières, on a moins de commerce, moins de travail, moins d’emploi, moins de richesses. »

 

Le Commissaire européen ajoute cependant qu’« il ne faut pas avoir peur de l’extrémisme et du populisme, », puisque même s’ « ils ont la chance de construire des solutions faciles, de dire des choses atroces sans être critiqués, ils ne pourront jamais être la solution. »

 

Une nouvelle vision pour l’Europe : innovation ouverte, science ouverte et ouverture au monde

Lorsqu’en 2015, Carlos Moedas a proposé le projet des « Trois O » : Open innovation, Open science et Open to the world comme nouvelle vision pour l’Europe, il n’avait pas anticipé le poids politique de ce qu’il estimait à l’époque être une simple affirmation technique : « C’était un fait que l’innovation devait être ouverte, que l’innovation devait être différente du passé, et c’était un fait que la science devait être ouverte. Deux ans après, quand je dis cela dans une salle, devant un public, c’est devenu une position politique. »

 

Quelle est, dès lors, la solution pour combattre le protectionnisme ?

Pour le Commissaire européen, « la science est essentielle pour la diplomatie, c’est l’arme la plus puissante qu’on puisse avoir. » Bien que l’universalité de la science nous semble être une évidence pour tout le monde, Carlos Moedas insiste sur la nécessité de le répéter dans le monde d’aujourd’hui, « parce qu’il y a des gens qui pensent encore le contraire. C’est pour cela qu’il est important pour nous, ceux qui y croient, de nous battre avec toutes nos forces pour changer cela. »

 

A la fin de la conférence, Carlos Moedas a été distingué d’une médaille de l’ « Université de la Paix 2017 » qui lui a été remise par le Président de la Cité internationale Marcel Pochard.

 

« C’est toujours une émotion de revenir à la Cité universitaire »

Résident de la Maison du Portugal en 1993, Carlos Moedas a partagé l’émotion qu’il éprouvait à chaque fois qu’il revenait sur le campus. Il a indiqué que son passage à la Cité internationale universitaire de Paris l’avait beaucoup aidé dans sa vie :

 

« C’est toujours une émotion de revenir à la Cité universitaire. Quand je suis arrivé ici, il y avait une énergie que je n’avais jamais vue, il y avait une diversité que je ne comprenais même pas à l’époque, une diversité des gens mais aussi des disciplines. Et cela m’a beaucoup aidé dans ma vie, ça m’a donné tout, la capacité de vivre dans d’autres pays, de comprendre d’autres cultures. Je ne serais pas là où je suis aujourd’hui, sans la Cité universitaire, sans la Maison du Portugal. »

 

* Arthur PERINI est résident belge en “brassage” à la Maison des étudiants canadiens (MEC), étudiant à l’EHESS de Paris en anthropologie des cultures musicales et des mondes digitaux. Arthur rédige actuellement un mémoire sur la formation contemporaine des communautés francophones d’amateurs de musiques électroniques sur les nouveaux médias sociaux numériques.