Jardins du monde en mouvement

L’éphémère dialogue avec les architectures de la Cité internationale universitaire de Paris

30/05/2017


par Pascale Dejean


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L’éphémère dialogue avec les architectures de la Cité internationale universitaire de Paris

Déambulez au fil de cinq créations éphémères qui dialoguent avec les architectures de la Cité internationale en s’intégrant harmonieusement dans les jardins. Grâce au mécénat de la Caisse des dépôts, de jeunes talents en architecture et paysage vous proposent de voyager à travers leur univers poétique et sensible. Au fil du parcours, cinq œuvres interrogent notre relation à l’espace mouvant et au temps éphémère. Elles nous transportent dans l’intimité des nomades du désert tunisien, dans les profondeurs vivantes d’un chantier d’archéologie grecque, dans une corne d’abondance dont jaillit la pensée d’un humaniste persan, dans le riche territoire transfrontalier entre les Etats-Unis et le Mexique, ou encore au cœur du septième continent qui dérive sur les Provinces de France. Vous l’aurez compris, ces artistes vous convient à un voyage inédit, en découvrant les architectures de la Cité internationale telles qu’elles les ont inspirés.



1

Cortège sifflant (Prototype V0.1)

Maison de la Tunisie

Le jardin de 20 m² invite les paysages désertiques d’Afrique du nord et les nomades qui les habitent au sud de la Maison de la Tunisie.

Les déplacements des nomades sont lents. La logique de leurs parcours répond à leurs besoins et dépend du milieu où ils vivent. Les nomades utilisent la parole « sifflée » et « cliquée » pour communiquer de façon économe au sein de ces grands paysages exigeants. Ces sons portent plus loin que la parole et les cris car ils résultent d’un concentré d’énergie.

Les racines des plantes échangent, elles aussi, des messages sonores pour habiter et se mouvoir. Certains végétaux émettent des cliquetis afin de signaler un site aux conditions favorables à leur développement (substrat, humidité, nutriments, etc.).

Le jardin est composé d’un sol et de végétaux qui évoquent les milieux steppiques du Maghreb. Les ornements sonores et le bleu azur de son socle enrichissent son identité tunisienne et méditerranéenne.

Cortège Sifflant est un dialogue vivant et mobile dans un jardin. Frémissements, craquements, cliquetis se dégagent sensiblement de ce jardin oriental au grès des conditions climatiques (vent, soleil, etc.) et au passage des visiteurs.

Cédric Rivière


2

Archéologie du végétal

Fondation hellénique

La Fondation Hellénique rend hommage aux architectures de la Grèce antique. Sa construction marque un retour au néo-classicisme dont l’origine est intrinsèquement liée au développement de l’archéologie. L’installation s’approprie des fragments d’histoire, comme extraits d’un chantier de fouilles, pour les faire communiquer avec le présent en activant la lacune ou le vide qu’ils contiennent.

A travers un vocabulaire commun, le bâtiment dialogue avec l’œuvre. Elle est constituée d’une colonnade de blocs de terre évoquant des prélèvements du site, rythmée par les vides ainsi créés. Ce dispositif fragmenté dévoile les étapes consécutives de la création des sols, révélant les éléments indispensables au développement de la vie, à l’image d’une frise chronologique. Le projet évoque horizontalement les différents phénomènes de succession écologique, depuis l’apparition d’essences pionnières jusqu’à l’emprise des espèces dominantes, et retrace verticalement la superposition des strates émergentes.

Archéologie du végétal révèle une certaine conception de la nature, perçue comme lieu d’union de deux forces opposées que sont la production et l’anéantissement, telles que décrites par le poète latin Ovide dans Les Métamorphoses inspirées par les poètes de l’époque hellénistique. Elle propose une lecture à la fois poétique et critique de cette nature, offrant une métaphore de l’impermanence des phénomènes et de la capacité du vivant à se régénérer.

Lucie Bulot, Emeline Brossard


3

Mille et une paroles

Fondation Avicenne – L/OBLIQUE (centre de valorisation du patrimoine de la Cité internationale universitaire de Paris)

Notre projet se situe sur le parvis de la Fondation Avicenne. C’est un lieu de passage simplement dallé et peu aménagé. Nous y installons une structure formant une grande corne d’abondance tressée en osier et végétalisée.

Ce projet incarne l’idée d’un portail de communication entre le parvis de la Fondation à Paris et la pensée du philosophe, écrivain, médecin et scientifique médiéval persan, Avicenne. Cette corne se veut un lien entre la France et la Perse, entre les hommes et la nature. Cette alliance donne naissance à un dialogue : Mille et une paroles.

Se déployant sur le parvis de L/OBLIQUE, la corne grandit progressivement dans l’espace, jouant avec sa géométrie. Elle se courbe, s’enroule autour d’un pilier, forme une arche, pour s’ouvrir aux savoirs. Le visiteur est invité à se pencher, à prendre le temps d’écouter, de lire les écrits de l’auteur et de sentir les parfums des fleurs, à se promener autour de la corne ondulante et à passer sous l’arche qu’elle forme.

L’aspect végétal, naturel et la fluidité du mouvement courbe contrastent avec le traitement monumental et brut de l’architecture de la Fondation. S’intégrant dans le site par contraste, la corne se pose sur le sol et se déroule dans un élan de nature généreuse.

Mille et une paroles est une œuvre qui questionne notre société : elle rassemble, fait parler et invite au dialogue. Elle ouvre un portail et fait naître la parole.

Atelier de paysage Lieux 10 : Johanna Bonella et Abel Flosi


4

La ligne rouge, un Jardin sans frontière

Maison du Mexique

Vivez un jardin en mouvement sans frontière inspiré par les cultures mexicaine et des Etats-Unis d’Amérique ! Le jardin privilégie les liens d’amitié entre ces deux pays frontaliers, mais aussi deux maisons voisines à la Cité internationale, tout en rappelant que la culture n’a pas de frontière.

La ligne rouge, symbolisée par un mur de tiges métalliques érigées de plusieurs mètres de haut entre les maisons du Mexique et des Etats-Unis, évoque une frontière physique entre ces deux pays. Or, ces bornes administratives n’offrent que peu de poésie : elles délimitent les populations et coupent les paysages. La ligne rouge et son jardin reprennent les courbes de la frontière sans en être une. La ligne rouge devient imaginaire, invisible et mouvante, elle englobe des objets culturels et crée une zone d’échange plus qu’elle ne divise. Ce jardin devient un lieu participatif de rencontre, qui valorise la paix et l’amitié, qui cherche à unir les résidents de la Cité, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la ligne rouge…

Le jardin, à la fois exotique et familier, est un atlas botanique d’espèces originaires de l’Amérique du Nord, à cheval sur les deux pays avec des racines communes ! Exotique du point de vue du regard d’un européen qui découvre des plantes caractéristiques des paysages américains, mais aussi familier car nombreuses sont celles qui embellissent aujourd’hui nos jardins.

Paysagistes Les Jardiniers à Vélo et association Pépins production


5

Poésie d’un parasite

Maison des Provinces de France

Le printemps envahit la Maison des Provinces de France. Les pelouses sont peuplées de boutons dont les pétales blancs semblent éternels. Au-dessus, un doux nuage flotte.

Un calque artificiel composé de bourgeons blancs en plastique est superposé aux éléments naturels du site, le ciel et la terre. Il rappelle la fragilité de l’environnement, urbain ou naturel, et dénonce des comportements qui persistent dans le monde, comme dans nos régions. Les flocons blancs redessinent les lignes structurantes du bâtiment. Une douce atmosphère s’installe sur le parvis, ambiance poétique et reposante tel un jardin enneigé.

La nuit, les particules blanches se teintent de bleu.

Poésie d’un parasite exacerbe la pollution causée par le plastique. Elle pousse à son paroxysme des pratiques quotidiennes et imagine un monde recouvert par ces déchets plastiques. Un sac, laissé après un pique-nique sur le bord de la route, est emmené par le vent. Il vient se blottir au pied d’un figuier, là où une vingtaine d’autres sacs se sont aussi échoués. Ici, à la Maison des Provinces de France, ce sont des milliers de sacs qui ont terminé leur vol sur les pelouses, qui se sont agglomérés, dessinant un nuage au-dessus de la cour.

Poésie d’un parasite est un oxymore, une alliance contradictoire entre le plastique, parasite, et une lecture poétique de ce matériau.

Manon Sendecki, avec la collaboration d’Hadrien Hartgers et Camille Merimech


INFOS PRATIQUES
Du 17 juin au 1er octobre
De 8h à 22h


VISITES GUIDEES : de 15h à 17h
Samedi 17 juin / Inauguration
Dimanche 17 septembre / Journées du patrimoine
Dimanche 24 septembre / Fête des jardins
Dimanche 1er octobre / Jardins ouverts en Île-de-France

En écho à son rôle d’aménageur de l’espace public, la Caisse des dépôts soutient la jeune création architecturale et paysagère. Ce projet bénéficie du mécénat de la Caisse des dépôts.

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