Héros de la Cité : « La Cité internationale m’a beaucoup donné. » Gerardo Perfors-Barradas


14/02/2019


Peux-tu nous raconter ton parcours et ton arrivée à la Cité internationale ?

Mon parcours ressemble un peu à la litographie de Escher, celle avec les escaliers qui montent et descendent dans tous les sens avec plusieurs sources de gravité et plein d’aller-retours. Je suis né à Mexico en 1987, mais j’ai passé pratiquement toute mon enfance au Sud du Mexique, dans un état tropical qui s’appelle Tabasco. Suite au mariage de ma mère, je suis parti habiter dans la ville de mon père adoptif : Rotterdam, aux Pays-Bas, quand j’avais 14 ans (2001). Dans cette ville j’ai été scolarisé au lycée international, qui était subventionné par la ville à cette époque là mais qui actuellement est privé et trop cher pour la plupart des gens. Ensuite, j’ai fait une licence en Études européennes à l’Université d’Amsterdam, une institution publique, et avec le soutien des bourses d’études de l’État néerlandais, qui à l’époque était une bourse universelle d’environ 250 euros par mois plus la gratuité des transports (aujourd’hui ces bourses ont été remplacés par des prêts).

Pendant cette première décennie des années 2000 aux Pays-Bas, il y a eu plein de sujets majeurs qui ont eu un impact social important, notamment la montée d’une insatisfaction sociale envers les partis traditionnels qui s’est traduite dans le soutien pour un nouveau parti anti-immigration, dont le leader charismatique, Pim Fortuyn, a été assassiné en 2002. Suite à ce meurtre, l’ambiance sociale est devenue très tendue. Un réalisateur a été tué aussi en plein centre ville d’Amsterdam, et les traces d’un nationalisme ethnique assez déchainé étaient assez répandues, ce qui m’a donné envie d’aller ailleurs.

Depuis le lycée et à la fac, je suivais des cours de Français, que j’aimais beaucoup, et c’est pas ce biais que j’ai eu l’idée de faire un échange Erasmus à Paris, pendant le dernier semestre de ma licence, et avec l’idée de rester en France par la suite. J’ai donc passé un semestre à Paris en 2009, lors du dernier grand mouvement de grève universitaire contre la loi Pécresse, dont je ne comprenais rien à l’époque quand je retrouvais des amphis bloqués et des cours annulés mais qui m’a permis d’écrire mon mémoire sur l’histoire de la folie féminine au XIXème siècle dans des très bonnes conditions à la BPI.

Ensuite j’ai fait un master en Affaires européennes à la Sorbonne et pour le dernier semestre de celui-ci je suis parti faire un stage dans le département d’affaires publiques d’un grand groupe industriel suédois à Bruxelles, où j’ai été embauché par la suite. Le monde autour des institutions européennes n’étant pas tout à fait en adéquation avec mes attentes ni compatible avec ma personne, j’ai fini par décider de faire un doctorat. Ayant été éloigné du monde universitaire pendant quelques années, j’ai décidé qu’il serait mieux pour moi de faire un deuxième master d’abord, et mon dossier a été classé parmi les 4 meilleurs du master conjoint MITRA : Médiation Interculturelle des Universités de Lille, KU Leuven (Belgique), l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, où j’ai continué à étudier les questions de migration et genre, cette-fois ci avec une approche ethnographique. Suite à ce master j’ai eu la chance d’être soutenu par l’État mexicain, qui finance ma thèse en géographie humaine sur la migration et la vie intime des hommes latino-américains gay/queer à Paris.

Qu’est ce qui t’a motivé à intégrer la Cité internationale ?

Lors de mon premier séjour à Paris, j’ai connu des résidents de la Cité internationale et j’ai beaucoup aimé l’endroit. Il est évident que l’offre de qualité de vie et des prix relativement modérés des loyers de la Cité internationale sont quasiment imbattables.

Quels sont tes projets et objectifs futurs ?

J’aimerais bien pouvoir commencer à donner des cours à l’université, avec l’espoir de trouver un poste dans un laboratoire intéressant. Sinon, pour la première fois de ma vie, le Mexique a un gouvernement qui a l’air de vouloir mettre en place des projets sérieux pour améliorer la vie de la majorité de la population, et ce changement qui me réjouit profondément me donne envie d’y participer d’une façon ou d’une autre.

Penses-tu que ton séjour à la Cité internationale soit un tremplin pour ton avenir ?

La Cité internationale m’a beaucoup donné. Elle m’a permis de faire mon doctorat dans des bonnes conditions, si jamais ma thèse est bonne ce serait sans doute grâce au travail que j’ai pu faire dans la salle d’études de la Fondation Biermans-Lapôtre et les bibliothèques de la Maison des étudiants Suédois et de la Maison internationale. Parmi les gens que j’ai pu rencontrer ici, il y en a qui font des choses admirables et j’espère pouvoir collaborer avec eux dans l’avenir. Après, je ne sais pas si le mot tremplin est juste, car j’aime bien sauter dans l’air et rigoler mais je ne sais pas si l’avenir qui nous attend est si joyeux, malgré le fait que les résidents de la Cité internationale soient parmi les plus susceptibles à habiter dans des cages dorés avec des purificateurs d’air si jamais l’obsession de tout privatiser de certains est réalisée et que la trajectoire actuelle de pollution et changement climatique n’est pas modifiée. Je préfère penser à mon passage par la Cité internationale comme si c’était un des tuyaux verts du jeu vidéo Mario Bros. Je vais aboutir sûrement dans un endroit intéressant mais je ne sais pas du tout lequel !

Si tu devais résumer la Cité internationale en un mot, lequel choisirais-tu ?

« Grande-Pelouse »

Gerardo Perfors-Barradas | Résident à la Fondation Biermans-Lapôtre