Retour sur l’année 2014 avec Marcel Pochard et Carine Camby

Nous avons célébré, en 2014, le centenaire de la déclaration de la Première Guerre mondiale. C’est une date à forte résonance pour la Cité internationale, créée pour répondre au « plus jamais ça » de l’après-guerre.

03/07/2015


par Alexandra BITMIGNON



Quelle réponse apporte la Cité à la question du vivre-ensemble ?


Marcel POCHARD :
Ce que propose la Cité est effectivement l’apprentissage par ses résidents, du vivre ensemble, au sens de capacité de se comprendre et de s’entendre par delà les différences de cultures, d’histoire, de traditions, et de contribuer ainsi au rapprochement entre les peuples. La Cité n’a pas de recettes miracles, mais des principes d’organisation et de vie qui ont fait leurs preuves, tels le principe de maisons de pays qui fait de la cité un monde en modèle réduit où ces différentes cultures sont directement présentes et perceptibles au travers des états qui les portent ; ou le principe du brassage des nationalités au sein des maisons qui fait que quotidiennement chaque résident fréquente au moins 25 à 30 résidents d’autres nationalités. A cela s’ajoutent, outre les multiples manifestations organisées au long de l’année, les impulsions données au cours des dernières années pour promouvoir, au travers du label Cité pour la Paix, les actions touchant plus directement aux valeurs universalistes de la Cité, comme par exemple l’initiative de résidents consistant à organiser une rencontre entre résidents arméniens et turcs sur le thème du génocide arménien. La cité reste le creuset d’un modèle de mobilité universitaire internationale au service de valeurs. 


Quels sont les projets qui ont incarné au mieux ces valeurs en 2014 ?


Carine CAMBY :
Le réseau des Résidents pour la paix en est un premier exemple : constitué d’étudiants qui s’intéressent à la défense des valeurs promues par la Cité, que ce soit en raison de leurs études ou par convictions personnelles, il leur permet de se retrouver et d’organiser des événements permettant d’illustrer ces valeurs et de les faire connaître aux autres résidents de la Cité. Nous les aidons ensuite, si nécessaire, à mettre ces actions en œuvre. Nous favorisons également l’action des ONG humanitaires, et nos résidents peuvent ainsi s’engager auprès de la Croix-Rouge du 14e , ou soutenir les actions d’Amnesty International qui a créé une antenne très active sur le campus de la Cité. Enfin, il y a beaucoup de conférences en faveur de la paix et de la défense des droits humains. La Fondation nationale et plusieurs maisons ont également organisé, en partenariat avec l’École Normale Supérieure, un colloque sur les grandes voix de la Paix, à l’occasion de la célébration du centenaire de la Première Guerre mondiale. Ce colloque s’est inscrit dans un cycle de conférences mené par toutes les maisons sous le label Cité pour la Paix. Ce label fédère les actions menées par les maisons en faveur de la promotion des valeurs de paix et de tolérance. Enfin, la Cité a candidaté au prix Nobel de la paix, à l’initiative d’anciens résidents, aujourd’hui universitaires et politiques, qui manifestent ainsi leur attachement aux missions de la Cité.

Marcel POCHARD : Je suis frappé par le fait que le projet de la Cité provoque toujours le même enthousiasme et mobilise les résidents. Lors de la « Marche républicaine » du 11 janvier 2015, ils ont défilé sous une banderole au sigle de « la cité pour la paix ». Les résidents et les anciens forment un réseau qui se développe au-delà des frontières. Le succès rencontré par les Rencontres Internationales des Anciens Résidents dont la 3e édition a eu lieu en mai 2014, en est un témoignage. A l’occasion d’un déplacement en Norvège, avec Carine Camby, nous avons eu l’opportunité, grâce à l’obligeance de notre ambassadeur, M. Rives, de rencontrer un groupe d’anciens résidents, heureux de renouer avec la Cité. C’est significatif de la force du réseau des anciens. 


2014 marque l’entrée de la Cité internationale dans une nouvelle phase de son développement. En quoi consiste cette nouvelle étape ?


Carine CAMBY:
En initiant une troisième vague de constructions de nouvelles maisons, 10 au total, soit une augmentation de 30% de sa capacité d’hébergement, la Cité s’inscrit dans une dynamique d’échanges qui, en se poursuivant aujourd’hui, montre combien le projet initial est toujours aussi pertinent. La Cité reste un projet original et attractif qui convainc de nouveaux pays. En 2014, une convention a été signée avec la Corée du Sud, ouvrant la voie à la construction de la première nouvelle maison de pays depuis 1969. C’est un événement historique. La Cité contribue ainsi directement à l’attractivité de la France dans le domaine de l’enseignement supérieur. Nos universités et nos écoles offrent un excellent niveau de diplôme et attirent les jeunes du monde entier, mais le logement dans la capitale reste rare et cher. Dans ce contexte, le campus de la Cité, au cœur de Paris, dans un environnement international et sur un site magnifique, est un atout considérable. Aussi, l’un des enjeux du projet de développement est-il de réussir cette mutation : densifier le site, par la construction de 1 800 logements supplémentaires, en maintenant la qualité paysagère du parc et en offrant un haut niveau de services de vie étudiante. C’est dans ce cadre qu’à l’issue d’une consultation lancée en 2014, l’architecte Bruno FORTIER et le paysagiste Bruno TANANT ont été choisis pour préparer le projet d’aménagement et conduire les travaux nécessaires. Le parcours de ces deux professionnels reconnus illustre leur capacité à synthétiser toutes ces contraintes dans un projet exigeant sur le plan de la qualité urbaine et paysagère. La phase d’étude a commencé en septembre 2014 et va se conclure par le dépôt du permis d’aménager au début de l’été 2015.

Marcel POCHARD : Cela montre bien le double enjeu de ce projet de développement. Premièrement, conforter le modèle historique de l’ouverture internationale en diversifiant les pays présents, soit qu’ils construisent leur propre maison, soit qu’ils concluent un partenariat de réservation de logements au sein des maisons construites par la Cité elle-même. Deuxièmement, rénover en profondeur le campus notamment par la modernisation de nos dispositifs d’accueil et de nos services.

Carine Camby : En effet, le projet d’aménagement nous oblige à faire évoluer les services que nous proposons à nos publics. Depuis trois ans, nous menons une réflexion sur leur modernisation. Dans le cadre du projet « Cité numérique », nous avons lancé une étude d’importance, soutenue par nos mécènes Mazars et la Caisse des dépôts. Les résultats de cette étude sont en cours de mise en œuvre. Il s’agit de mettre en place une plateforme de services numériques pour nos résidents, dont la première brique sera un système d’information et de gestion des admissions en ligne. Nous réfléchissons également à l’animation du campus pour nous adapter à l’évolution des modes de vie de nos étudiants internationaux. Les espaces de co-working, par exemple, font partie des pistes envisagées. L’outil de restauration a été profondément rénové, et nous avons le projet de l’adapter dans les années à venir.

 

« En 2014, une convention a été signée avec la Corée du Sud, ouvrant la voie à la construction de la première nouvelle maison de pays depuis 1969. » CARINE CAMBY

« En 2014, une convention a été signée avec la Corée du Sud, ouvrant la voie à la construction de la première nouvelle maison de pays depuis 1969. » CARINE CAMBY

De quelle manière les différents partenaires ont-ils été intégrés au projet ?


Carine CAMBY :
L’une des réussites les plus fortes du projet est d’avoir su fédérer tous nos partenaires. La Cité est par exemple engagée dans un partenariat très fructueux avec la Ville de Paris et espère répondre à ses attentes de « Ville Monde ». Le campus est sur le territoire de la Ville et une partie de nos projets se font conjointement sur le site. La Ville va construire deux nouvelles maisons, en réaménager une et participer à une meilleure liaison entre les deux parcs. La qualité de notre dialogue avec nos partenaires est un gage de réussite du projet. Favoriser l’adhésion des élus et des services de la Ville de Paris par leur compréhension des enjeux de la Cité était un pari important pour nous. Nous menons également un travail de fond avec la Région Île-de-France dont la Maison, désormais en chantier, répond à l’enjeu crucial pour nous du développement durable. 


Quels sont les objectifs de la Cité en matière de développement durable ?


Carine CAMBY :
La Cité est engagée dans une démarche éco-responsable depuis plusieurs années. La gestion différenciée du parc, sans usage de produits phytosanitaires, en témoigne. Dans le cadre du projet de développement, les nouveaux bâtiments devront répondre à des normes environnementales, d’isolation et de réduction de l’empreinte carbone. Cependant, la question des usages est plus fondamentale encore, car c’est en intégrant de nouveaux comportements que nous réduirons notre consommation. La Cité est comme une petite ville de 6 000 habitants ; nous avons le devoir citoyen, en cohérence avec notre histoire et nos missions globales, de sensibiliser nos résidents et nos salariés aux enjeux climatiques. En 2014, nous avons finalisé la plupart des filières de gestion des déchets, et nos efforts vont se poursuivre en 2015. D’autre part, nous avons lancé, avec le soutien de la Caisse des Dépôts et de la Région Île-de-France, une étude Eco-campus dont les conclusions ont été rendues en 2014. Menées sur la faune et la flore, des études de biodiversité ont permis de caractériser notre patrimoine de façon à ce qu’il soit parfaitement pris en compte dans les travaux à venir.


Entre préservation et modernisation: c’est aussi l’axe de rénovation du patrimoine architectural à la Cité.


Marcel POCHARD:
En effet, la Cité poursuit inlassablement la réhabilitation de son vaste patrimoine immobilier. Qu’il s’agisse du patrimoine à la charge de la Fondation nationale comme le Collège néerlandais et le Pavillon Pasteur ou qu’il s’agisse du patrimoine à la charge des pays, cas tout particulier de la Maison du Mexique qui fait l’objet d’une rénovation complète intégralement prise en charge par ce pays au prix d’un effort budgétaire exceptionnel.

Carine CAMBY : Au-delà des enjeux architecturaux, la question de l’accessibilité tient une place importante à la Cité. Construits dans les années 30, le campus et les bâtiments n’ont pas été conçus pour accueillir les personnes en situation de handicap. En 2015, nous bâtissons notre Agenda d’Accessibilité Programmée qui nous permettra de prévoir les travaux nécessaires. Des actions de sensibilisation vont être également menées auprès de nos résidents et de nos salariés, et des formations proposées, afin que la Cité améliore la qualité de son accueil au bénéfice des étudiants et chercheurs internationaux handicapés.


Un certain nombre d’actions de rénovation n’auraient pu être conduites sans le mécénat. Quel bilan pour l’année 2014 ?


Marcel POCHARD :
Le Salon de la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est, par exemple, a fait l’objet cette année d’un réaménagement spectaculaire avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et du mécénat. Par ailleurs, depuis le lancement de la campagne de mécénat, en 2010, l’attribution des bourses a connu un fort engouement. Leur développement témoigne d’une mobilisation active autour de nos valeurs et de nos missions.


C’est aussi par sa vie culturelle que s’incarnent les valeurs de la Cité. Quels ont été les grands moments de cette année ?


Carine CAMBY:
Il est important de rappeler que la vie culturelle à la Cité est beaucoup le fait des maisons : les pays qui viennent à la Cité sont soucieux que leur Maison soit un lieu de rayonnement culturel et de promotion de leurs artistes. Beaucoup d’entre elles ont une programmation culturelle riche et diversifiée. Certaines maisons, comme l’Allemagne, mettent l’accent sur les questions d’actualité ou d’histoire contemporaine ; d’autres, comme les Maisons du Portugal ou de la Suisse, sont plutôt orientées vers les aspects artistiques. Cette diversité culturelle illustre les missions de la Cité et son ambition originelle : faire coexister toutes les cultures du monde et en découvrir les richesses. Toutefois, la singularité n’exclut pas l’organisation de manifestations coordonnées entre les maisons. Le festival Jazz à la Cité, par exemple, permet à une dizaine d’entre elles de faire venir des musiciens de leurs pays. Les Automnales francophones, initiées en 2014 par les ambassadeurs francophones, ont permis également de fédérer plusieurs maisons autour d’une question importante : la promotion de la Francophonie. Il ne faut pas oublier que nos résidents viennent aussi en France pour découvrir la langue et la culture du pays.

Marcel POCHARD : L’un des objectifs que nous nous donnons consiste à faire que la Cité soit reconnue comme un lieu de débat sur les grands thèmes de société, notamment les valeurs que nous défendons, la paix, le rapprochement entre les hommes, la compréhension entre les civilisations. L’année 2015 est jalonnée de projets en ce sens. Je pense par exemple à l’Université de la Paix, organisée en mai 2015, à l’initiative de la Maison Heinrich HEINE. C’est un effort de longue haleine à conduire.

Carine CAMBY : Le cycle de conférences Meet&Tweet a été conçu dans cette perspective. Il s’agit de faire venir des personnalités pour débattre avec les résidents de thèmes qui les intéressent. Les trois rencontres organisées en 2014 avec notamment la ministre Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est l’une de nos anciennes résidentes, ont été des réussites et ont occasionné des échanges nourris entre les intervenants et le public. Le format du tweet alimente les réseaux sociaux et contribue ainsi au rayonnement de la Cité. En 2015, nos missions fondamentales seront au cœur des thématiques traitées. 

« L’un des objectifs que nous nous donnons consiste à faire que la Cité soit reconnue comme un lieu de débat sur les grands thèmes de société, notamment les valeurs que nous défendons, la paix, le rapprochement entre les hommes, la compréhension entre les civilisations. » MARCEL POCHARD

« L’un des objectifs que nous nous donnons consiste à faire que la Cité soit reconnue comme un lieu de débat sur les grands thèmes de société, notamment les valeurs que nous défendons, la paix, le rapprochement entre les hommes, la compréhension entre les civilisations. » MARCEL POCHARD

Un mot sur le bilan financier ?


Marcel POCHARD :
Nous nous sommes donné les moyens de faire face aux obligations de la Cité et de préserver nos capacités de préparer l’avenir. On peut se louer de ce que la Cité, tout en poursuivant la réhabilitation de ses bâtiments, puisse s’engager dans un programme de développement particulièrement ambitieux, avec crédibilité et solidité, sérénité et sécurité. Nous devons cette capacité, outre nos propres efforts, à la fidélité de nos partenaires, en particulier le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et la Chancellerie des Universités, ainsi que le ministère de la Culture, la ville de Paris, et la Région. Début 2014, la convention pluriannuelle avec le ministère chargé de l’Enseignement Supérieur a été renouvelée pour 5 ans, ce qui montre que nos partenaires nous font confiance.

Carine CAMBY: Au travers de cette convention, l’État confirme son soutien aux missions de la Cité. Elle permet de financer les travaux d’entretien des bâtiments, mais aussi des services offerts à tous les étudiants tels que le restaurant universitaire, la bibliothèque ou les installations sportives, ces lieux très fréquentés qui rendent un vrai service, non seulement à nos résidents mais aux étudiants parisiens. C’est un axe important pour l’attractivité de la France dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. Il est conforté par l’engagement de l’État à nos côtés sur le schéma d’aménagement, avec l’apport de 22 millions d’euros au titre du plan Campus, grâce auquel nous pourrons réaliser les travaux de viabilisation des parcelles. L’apport des collectivités territoriales, de la Ville de Paris et de la Région Île-de-France, qui nous aident à financer un dispositif très efficace d’accueil et d’accompagnement des étudiants et chercheurs étrangers, est également essentiel.



Le personnel travaillant pour la fondation représente une collectivité de près de 400 personnes. Comment maintenir l’implication de chacun ?


Carine CAMBY :
Les métiers pratiqués sont extrêmement variés. L’évolution des compétences est essentielle dans les années à venir afin de permettre à chacun de s’intégrer dans un contexte de forte mutation. L’un de nos leviers d’action est la formation. Une bonne part des formations que nous proposons porte sur les métiers et le management ; une autre sur les questions de sécurité, omniprésentes à la Cité, pour les personnes et pour les bâtiments.


Qu’attendez-vous de 2015 ?


Marcel POCHARD :
Que la cité s’affirme comme un acteur du débat sur les voies concrètes de la construction de la paix et du rapprochement entre les peuples.

Carine CAMBY : Réussir le projet de développement et créer les conditions favorables à la poursuite des missions d’accueil de la Cité et au renforcement de sa contribution à l’attractivité internationale de notre enseignement supérieur, dans un contexte international de plus en plus concurrentiel.