3 questions à… Bernard El Ghoul, Directeur de la Maison du Liban

19/09/2019


par Oana Besnea


Avant de devenir Directeur de la Maison du Liban, vous avez dirigé le campus de Sciences Po à Menton. Quelles ont été vos missions et comment cette expérience s’articule-t-elle avec votre poste actuel ?

J’ai en effet ouvert le campus Moyen-Orient Méditerranée de Sciences Po Paris à Menton en 2005 avec 32 étudiants ; à mon départ en août dernier, il en comptait 300, représentant plus de 55 nationalités. En tant que directeur, j’ai notamment été chargé de la pédagogie ainsi que du recrutement des étudiants et des enseignants ; j’ai par ailleurs eu pour mission de garantir le bon fonctionnement de la vie associative étudiante, d’assurer la communication et la gestion opérationnelle du campus (finance, ressources humaines et immobilier), ainsi que de conduire les relations avec les collectivités locales, les entreprises partenaires et les mécènes. Mon expérience a notamment été marquée par deux problématiques que je retrouve et souhaite développer à la Maison du Liban : le logement et la santé. Tout d’abord, Menton n’étant pas une ville étudiante, j’ai participé au développement d’une offre d’hébergements couvrant les besoins des élèves ; ensuite, j’ai contribué à la mise en place d’un pôle-santé étudiant, en lien avec des médecins généralistes, des psychologues et des psychiatres pour répondre aux attentes en termes de suivi médical, de nutrition, de sommeil, d’addiction, de handicap et de santé mentale.

 

Depuis sa création en 1965, la Maison du Liban a été un lieu de dialogue, même pendant la guerre civile qui a déchiré le pays à partir des années 1970. Quel rôle devrait jouer la Maison du Liban aujourd’hui ? A quels enjeux contemporains devrait-elle répondre ?

Quoique vulnérable et fragile, le Liban offre aujourd’hui, avec ses dix-huit communautés religieuses un modèle de coexistence au Moyen-Orient. Celui-ci est certes perfectible et régulièrement en proie à de fortes tensions, il n’en reste pas moins unique dans la région. La Maison du Liban doit incarner cette exceptionnalité, promouvoir un message de vivre ensemble et se faire l’écho de la vitalité intellectuelle, artistique et culturelle libanaise. Pour cela, au sein de la Maison, la convivialité, la joie de vivre, la musique et bien évidemment la cuisine, constituent le ciment transcommunautaire quotidien qui permet à chacune et à chacun de nos résidents de s’épanouir. Dans un monde fragmenté où les communautarismes sont exacerbés, la Maison du Liban a pour vocation de réunir des jeunes gens unis par une seule et même ambition : vivre en paix dans le respect des différences de chacun.

 

La Cité internationale favorise le vivre-ensemble et soutient les talents de demain. Selon vous, quelles seraient les 3 principales qualités que les résidents devraient développer pendant leur séjour sur le campus ?

Tout d’abord, l’honnêteté intellectuelle liée au sens du discernement me parait essentielle face à la recrudescence des fake news et à l’utilisation frauduleuse de la pensée d’autrui : les connivences intellectuelles et les liens d’amitiés que développent les résidents pendant leur séjour à la Cité Internationale doivent nourrir cette qualité.

 

Ensuite, le travail en équipe et une approche collaborative doivent contribuer à construire des ponts et à faire tomber les murs ; le cadre de la Cité Internationale s’y prête tout particulièrement.

 

Enfin, par le brassage culturel et les échanges d’idées quotidiens, le passage à la Cité doit développer chez les résidents la force d’assumer la complexité du monde et d’en affronter la difficulté d’interprétation.