La genèse de la Cité

Née des idéaux pacifistes et des préoccupations hygénistes du début du XXe siècle, la Cité Universitaire est conçue comme une « cité jardin » destinée à l’accueil et au rapprochement des étudiants, chercheurs et artistes de haut niveau et du monde entier.


par Lucille Testard de Marans


Le projet d’une « école des relations humaines pour la paix »

Pensée à la fois en réaction au traumatisme de la Première Guerre Mondiale et comme une réponse à la crise du logement (notamment étudiant) à Paris, la Cité Universitaire naît de la conjugaison de préoccupations hygiénistes et pacifistes au sortir de la Grande Guerre.

L’ambition de ses fondateurs est d’offrir à des étudiants français et étrangers des conditions de logement et d’études de qualité, mais également un cadre de vie propice aux rencontres et aux échanges multiculturels quotidiens.

André HONNORAT, l’un des fondateurs, dans un discours de 1936 : « [un des desseins essentiels de la Cité est] de faire entrer en relation quelques-unes des intelligences qui sont l’espoir de demain et de les amener ainsi à s’apercevoir que les hommes, malgré la diversité de leurs origines et des traditions qui les ont formés, ne sont pas si différents les uns des autres qu’ils l’imaginent ».

Un territoire à conquérir

Le terrain propice à la réalisation de cet ambitieux projet est trouvé au sud de Paris, sur la ceinture des fortifications de Thiers édifiées en 1845. Leur déclassement, voté en 1919, doit permettre l’extension de la ville : lotissement de l’emprise du rempart et aménagement d’une ceinture d’espaces verts autour de la ville (parcs, jardins, terrains de sport, etc.).

De longues négociations aboutissent, en 1921, à la signature d’une convention qui prévoit la création de la Cité Universitaire sur un terrain de 27 hectares, face au parc Montsouris. D’après cette convention, seuls les terrains des anciens bastions 81, 82 et 83 pourront être construits, soit 9 hectares ; l’espace de « zone » anciennement militaire conserve, lui, le statut de non aedificandi et devra faire place à un vaste parc, élément de la « ceinture verte » réclamée par les hygiénistes.

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La « zone » à la fin des années 1920 (Fondation Deutsch de la Meurthe en arrière-plan gauche)

Une « cité jardin » à l’américaine

Dès 1921, Lucien BECHMANN (architecte) et Jean Claude Nicolas FORESTIER (paysagiste) sont chargés de concevoir le parc de ce projet de « cité-jardin » qui doit mêler harmonieusement paysage et constructions, espaces de promenade et terrains de sport.

Influencés par les principes d’aménagement des campus américains qu’ils ont visités, BECHMANN et FORESTIER (puis Léon AZEMA) dessinent un parc selon une trame régulière, compartimenté en espaces distincts : un grand mail planté de tilleuls en alignement, une vaste pelouse centrale et des équipements sportifs aux extrémités est, ouest et sud du parc. Les travaux d’aménagement, de grande ampleur, s’étendent sur près de dix ans (1929-1938).

Au nord de l’espace dédié au parc, les emprises des futures constructions s’alignent d’abord sur deux rangs le long du boulevard Jourdan. La Fondation DEUTSCH DE LA MEURTHE (du nom de son donateur), édifiée en 1925, est la première maison construite à la Cité. Suivent, en quelques années, celles du Canada, de la Belgique, de l’Argentine, de l’Institut national agronomique et du Japon.

1925-1938 : l’extension du domaine

Dès 1927, la moitié du domaine est déjà construite. Pour augmenter les capacités d’accueil de la Cité, la hauteur maximale des bâtiments passe alors de 4 à 10 étages. En parallèle, la Fondation nationale (qui gère la Cité) s’attelle à l’extension du domaine initial, vers l’est, le sud et le nord, pour porter la surface totale à près de 40 hectares en 1930.

Entre 1925 et 1938, le rythme des constructions ne faiblit pas : malgré la crise économique, gouvernements étrangers, mécènes et écoles continuent de s’associer à l’œuvre de la Cité en finançant l’édification d’une maison pour faire vivre ensemble des étudiants du monde entier. En moins de 15 ans, 19 maisons sont ainsi construites, dans des styles révélateurs de l’éclectisme architectural de l’entre-deux-guerres et de la politique de métissage conduite à la Cité. A la veille de la guerre, le nombre de résidents s’élève à 2 400, représentant 52 nationalités.

Pour en savoir plus sur l’histoire de la Cité, son architecture, ses missions et son développement, rendez-vous à L/Oblique : exposition permanente, visites thématiques (sur l’architecture, le parc, les créations artistiques, la vie quotidienne et le projet de développement) et supports numériques innovants vous feront traverser le temps et l’espace à la découverte de ce lieu d’exception.